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Jean-Bernard Véron  Angkor, Mémoire d’une passion française  Editions du Layeur, 2003 __________________________________________________________________________________________________________________________________________

Résumé

La France n'a cessé, depuis la découverte d'Angkor, d'entretenir des rapports passionnés avec les temples et les palais de la civilisation khmère. Du passage de Monseigneur Pallegoix en 1854 à aujourd'hui, les témoignages de cette passion française ne manquent pas. L'exposition de 1874 de Compiègne, qui suivra l'expédition de Doudart de Lagrée et de Delaporte, sera le véritable point de départ de l'engouement des Français pour Angkor. Naît alors le projet de restaurer le site dans sa splendeur originelle et de comprendre son histoire, décrypter une civilisation disparue. Ceux qui s'y attelèrent, étaient militaires, administrateurs, archéologues, architectes, historiens, linguistes. Ainsi Lunet de la Jonquière, capitaine de l'infanterie coloniale, qui produisit le premier inventaire archéologique de l'Indochine; le géographe Pavie et Charles Carpeau, l'un et l'autre morts sur le terrain, emportés par la "fièvre des bois"; Jean Commailles qui amorça le dégagement méthodique des édifices, en commençant par Angkor Vat et le Bayon, et que des pirates assassinèrent; Etienne Aymonier, qui jeta les bases de l'épigraphie khmère et dont les relevés des inscriptions furent déchiffrés par des indianistes tels que Bergaigne et Barth. Et tant d'autres. D'illustres voyageurs tels que Loti, Dorgelès et bien d'autres écrivains, joueront les relais auprès du grand public. Celui-ci se passionnera pour les documents rapportés, les statues et bas-reliefs... Les expositions coloniales iront jusqu'à donner un aperçu de cette architecture exceptionnelle, jusqu'à l'apothéose de 1931 à Vincennes qui verra la reconstitution du temple d'Angkor Vat à l'échelle d'un tiers. C'est l'histoire particulière des Français et d'Angkor que raconte ce livre à partir de documents, pour certains inédits, du fond iconographique de l'Illustration et du photographe Philippe Gras qui s'est rendu sur le site dans les années 80

Editions du Layeur   

 

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Chronique

« De grandes tours étranges qui découpent à l’emporte-pièce, sur fond d’or vert, leurs silhouettes de tiare (…) un des lieux du monde où les hommes avaient entassé le plus de pierre, accumulé le plus de sculptures, d’ornements, de rinceaux, de fleurs et de visages… La plus pesante des montagnes de pierre qu’ils aient osé entreprendre depuis les pyramides de Memphis ». Ces mots qu’écrivit fiévreusement Pierre Loti en 1912 pour son fameux Pèlerin d’Angkor  témoignent de l’éblouissement ressenti par le voyageur occidental à la découverte de ce site figurant parmi les plus grands ensembles architecturaux du monde. C’est tout le mérite de ce bel album de photographies Angkor, mémoire d’une passion française de nous renvoyer à cette fascination des occidentaux pour Angkor, et notamment celle des premiers voyageurs français au Cambodge. Certes, ces derniers ne peuvent se targuer d’avoir véritablement « re-découvert » le site, précédés qu’ils furent par les explorateurs espagnols et portugais au XVIème siècle; mais au moins contribuèrent-ils largement, entre le milieu et la fin du XIXème siècle, à l’explication des origines de la silencieuse grandeur des ruines d’Angkor. Cette « passion » à la fois scientifique et romantique précède l’instauration du Protectorat français au Cambodge avec, en 1856, l’arrivée au Cambodge du Révérend Père Bouillevaux; et surtout, cinq ans plus tard, de celle du naturaliste Henri Mouhot  en qui l’on s’accorde désormais pour reconnaître le père de la révélation moderne du site. Dans son sillage suivit dans les années 1860 et 1870 une cohorte d’officiers de marine français chargés de l’exploration du cours du Mékong: Doudart de Lagrée, Francis Garnier, Louis Delaporte (voire dans ses colonnes notre précédente rubrique sur le récit de l’expédition de ce dernier), qui contribuèrent à jeter les bases de l’étude scientifique des civilisations indochinoises et à réveiller « la belle endormie ». A la charnière des XIXème et XXème siècle, ces « défricheurs » laissèrent place aux « déchiffreurs »: archéologues, architectes, historiens, linguistes (Lunet de la Jonquière, Auguste Pavie, Charles Carpeau, Jean Commailles, Etienne Aymonnier...) qui n’eurent de cesse alors de décrypter une civilisation disparue et de regagner les monuments sur la végétation. Depuis les premières gravures réalisées sur le site jusqu’aux photographies actuelles, en passant par celles publiées à l’époque par L’Illustration, cet album (servi par une excellente préface de Jean-Benard Véron) fournit une remarquable perspective historique sur cette « passion » française qui, malgré quelques dérives dont le malheureux « épisode Malraux », eu le mérite de rendre justice aux véritables bâtisseurs d’Angkor, et de mettre fin aux thèses selon lesquelles une telle splendeur ne pouvait avoir édifiée que par une civilisation venue d’ailleurs.

Pierre Andricq

 

 

 

 

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