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Adrien Pannetier Notes cambodgiennes: au coeur du pays khmer Payot, 1921 Payot, 1921cc __________________________________________________________________________________________________________________________________________
Chronique
Le docteur Adrian Pannetier était médecin des colonies, comme on disait à l’époque. Il est l’auteur dès 1906 de Prescriptions d’hygiène à l’usage des Cambodgiens, publié à Phnom Penh par l’imprimerie du Protectorat. Il se passionnera pour le Cambodge et publiera ensuite des ouvrages consacrés au vocabulaire, à la grammaire, à la littérature et à l’anthropologie khmers. En cela, il fait partie de ces pionniers de la colonisation française en Indochine qui, en contact direct et permanent avec les « indigènes », se passionnèrent pour l’étude de leur pays d’adoption et en approfondirent la culture. Les Notes cambodgiennes dont il s’agit ici, ont été rassemblées d’abord, sous une forme résumée, dans une brochure publiée à Saïgon en 1917-1918, durant la Première guerre mondiale. Dans son « Deuxième avant-propos » datant d’avril 1920, Pannetier indique qu’il a écrit ce livre dans un but patriotique: au sortir de la guerre, il veut « mettre en face de ses responsabilités la nation généreuse [la France] à qui est échu le rôle de […] diriger [« le noble pays Khmèr »] » (p. 10). Son objectif est d’abolir les barrières qui séparent les colonisateurs des colonisés, en faisant mieux connaître les seconds aux premiers. Mais Pannetier n’est pas un révolutionnaire, c’est un médecin militaire qui s’interdit tout ce qui serait « susceptible de porter une atteinte grave à notre crédit national dans nos possessions d’outre-mer » (ibid.). « Tâche », reconnaît-il lui-même, « sans doute malaisée ». Le livre se présente comme une suite de considérations quelque peu éparses et au contenu daté sur « le Pays Khmèr », mais il aborde aussi des points encore intéressants comme l’esclavage pour dettes, typiquement cambodgien (p. 135), le scandale des débits d’opium et d’alcool encouragés par l’administration française (p.139), « La question Chinoise » (p. 38) ou vietnamienne (p. 17, 89). Il montre ainsi comment l’administration coloniale a favorisé l’immigration chinoise et vietnamienne pour mieux régner sur les Khmers, créant ainsi les ferments qui ont causé sa propre disparition (p.90). On aurait pu agir autrement, pense-t-il ; l’erreur vient en effet, selon lui, de la profonde méconnaissance qu’ont la plupart des Français de la mentalité cambodgienne. C’est l’antienne reprise par lui dans tout le livre: « l’incompréhension » ou, comme il aime à dire plusieurs fois, « l’étanchéïté » « entre Français et Indigènes, […] qui crée autour de chacun de nous une zone de défiance». L’aveuglement des colons sur la particularité de chacune des populations qu’ils ont « conquises », la discrimination dont souffrent les Cambodgiens dans leur propre pays, le mythe de l’administration « indirecte » du pays par les colonisateurs sont autant de maux et sources de conflits que souligne l’analyste qui, tout en proposant des remèdes visant à améliorer la situation au profit du Protectorat, révèle ainsi le fossé croissant entre les deux communautés. Le processus de maturation a été long mais l’échec de la colonisation, cinquante ans après ses observations, a confirmé la justesse du diagnostic du bon docteur Pannetier.
Jean-Jacques Donard
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Réédition
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Au cœur du pays Khmer: notes cambodgiennes, Centre de documentation et de recherche sur la civilisation Khmère, 1983 (Reproduction en fac-similé de l'édition de Payot, 1921) ISBN 2-86731-002-4
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