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Pierre Mille Barnavaux et quelques femmes Calmann-Lévy, 1908 ________________________________________________________________________________________________________
Chronique
Qu'est-ce que c'est que Barnavaux ? « Je cherchai Barnavaux des yeux ; mon ami Barnavaux, trois fois sergent, cassé deux fois pour indiscipline, une fois pour indignité : Barnavaux qui a tant vu le monde qu'il ne le regarde, plus, et si sage qu'il dort quand il n'a pas besoin d'agir - à moins qu'il ne boive !... Barnavaux n'a pas d'histoire, parce qu'un soldat n'en a pas. Un soldat n'a que des histoires... Avez-vous jamais vu un grand oiseau, un aigle, un balbusard, s'enlever tout à coup sur la face d'un lac, planer et disparaître? Il n'est demeuré qu'un instant sous vos yeux pourtant, toutes les fois que la mémoire évoque ces eaux plates, ces monts immobiles, ces rochers, ces broussailles, elle évoque cet oiseau avec eux. Ainsi pour Barnavaux... » Je ne sais pas si Barnavaux est un aigle ou un soldat à l'ancienne mode, mais je sais que c'est un homme de la meilleure façon, car il a inspiré de belles choses à son inventeur ou à son interprète. Les quelques femmes de Barnavaux, Marie-faite-en-fer, Ranaive, la Dame aux pigeons, sont vraiment dignes de leur mâle. Barnavaux est le pauvre diable de héros qui gagne des batailles en temps de guerre et se perd de réputation en temps de paix, car, dès qu'il n'a plus à honorer le métier de soldat, il déshonore son titre de citoyen français. Et cela durera tout le temps qu'on ne voudra pas comprendre qu'un bon soldat doit être également un bon criminel. En tous les cas, il a une excuse, Barnavaux, c'est d'avoir collaboré, sans s'en douter, à la création du galérien de la bataille d'Actium, et la sombre aventure de ces condamnés ramant dans une perpétuelle obscurité pour conduire leurs chefs et leurs bourreaux à la pluie de roses du triomphe, à cet éclatant témoignage d'une gloire qu'ils ne partageront pas, à ce cri de l'esclave se redressant dans toute sa dignité de citoyen: « Tas de brutes, c'est pour la victoire que nous avons remportée à Actium! » est tout simplement merveilleuse. Honneur à Barnavaux pour qui elle fut écrite. Ce récit, d'à peine dix pages, est un chef-d'œuvre. Moi qui n'ai jamais le temps de relire. je l'ai lu trois fois.
Rachilde, in Mercure de France, n°257, 1er mars 1908
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Rééditions
- Barnavaux et quelques femmes, Calmann-Lévy, 1931
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Barnavaux et quelques femmes, Calmann-Lévy, coll. "le Zodiaque", 1946

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