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Yveline Feray Contes d'une grand-mère cambodgienne réunis et racontés par Yveline Féray P. Picquier, coll. "Contes et légendes d'Asie", 2003 __________________________________________________________________________________________________________________________________________ Résumé
Editions P. Picquier
__________________________________________________________________________________________________________________________________________ Chronique Qui a fondé Angkor ? Pourquoi la ville royale a-t-elle été ensuite abandonnée et oubliée ? Voilà le genre de questions auxquelles l’histoire est bien incapable de répondre. Heureusement, il y a les contes.... Et le folklore cambodgien traditionnel n’en manque pas. On pouvait certes craindre de lire dans une collection intitulée « Contes et légendes d’Asie » des adaptations édulcorées pour enfants de récits des origines. Il n’en est rien: l’auteur, elle-même pédagogue et écrivain (elle a écrit des nouvelles et des romans), a puisé aux bonnes sources: son inspiration vient du fonds khmer de la bibliothèque de la faculté des lettres et sciences humaines de l’Université de Nice-Sophia Antipolis, doté d’ouvrages fondamentaux comme ceux d’Auguste Pavie (1921), de G.H. Monod (1922), d’Adhémar Leclère, d’Etienne Aymonier et, plus récemment, de Solange Thierry (Le Cambodge des contes, 1985). De cette matière riche et précise, elle n’a pas trahi ou affadi l’esprit et s’est tenue à la démarche rigoureuse qu’elle avait déjà suivie dans ses Contes d’une grand-mère vietnamienne et dans ses Contes d’une grand-mère chinoise (sa préface, sa postface et ses nombreuses notes l’attestent). On trouve donc réunis ici dix contes essentiels de l’imaginaire cambodgien, qui nous introduisent sans heurt dans l’univers indianisé - d’abord hindouiste puis bouddhiste - de la culture khmère, avec ses traces d’animisme (on songe aux Métamorphoses d’Ovide), qui font de ces contes et légendes des récits merveilleux tout en demeurant souvent réalistes et gaillards: le corps y a son importance (on y trouve un conte appelé « Le lécheur de seins » , un autre évoque une femme « qui pissait à travers le plancher » ou le héros menaçant ses adversaires de leur faire remonter « les testicules dans le ventre » ) et la violence physique et sociale – qui rappellera celle des contes de Perrault – n’en est pas absente: la mère indigne de « L’enfant-du-monde », par exemple, ne rêve que de défigurer et décapiter ses filles avec un couteau. L’écrivain (la grand-mère, c’est elle) a pris le parti de lier, avec assez de bonheur, ces divers contes par un personnage de la tradition cambodgienne, le grand-père conteur ou lok ta, et ces récits suivent le rythme épisodique de longues veillées tenues dans un village typique. Sans tomber dans la gâtisme ou l’infantilisme, le ton de la narration est soutenu et l’attention ne faiblit pas, surtout quand les personnages en scène, en dehors des nagas et d’Indra, sont des filous comme le héros d’un conte du recueil, Thmen Chey, celui qui a réponse à tout… et le Roi de Chine, qui fit florès dans toute l’Indochine au XIXe siècle. Yveline Féray émet le voeu que ce garnement astucieux qui passe son temps à narguer et à vaincre les riches, les puissants et les rois, vraie incarnation de l’esprit espiègle du paysan cambodgien, connaisse des avatars nouveaux dans la fiction contemporaine. Elle a raison: ces contes et ces personnages immémoriaux ont de l’avenir…
Jean-Jacques Donard
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