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Philippe Franchini  Continental Saigon  O. Orban, 1977   __________________________________________________________________________________________________________________________________________

Chronique

Le titre sonne comme une publicité et c’en est presque une: l’auteur de ce livre était propriétaire du fameux hôtel « Continental » dans la capitale de la République du Vietnam du Sud jusqu’en 1975, hôtel qui existe toujours mais dont « l’âme » a totalement disparu dans le nouvel Hô Chi Minh-Ville. Par cette formule brève, Philippe Franchini veut faire aussi passer un message: le palace du Continental s’identifiait à Saïgon, comme Saïgon s’identifiait au Continental. Un Saïgon de la fin de la période coloniale, un symbole de la présence française en Cochinchine. Mais l’auteur n’est en rien nostalgique: son statut de métis « Tête de poulet, cul de canard » comme on dit plaisamment en vietnamien, fait qu’il à la fois épousé le détachement bouddhiste de sa mère et des ses grands-parents annamites comme le fatalisme devant l’inéluctable de son Corse de père, personnage d’ailleurs haut en couleurs. Et, fait inattendu pour un directeur d’hôtel, cela nous vaut un grand livre, plein de sensibilité et de finesse, qui analyse à travers le prisme de sa vie et l’existence de son établissement les années de la conquête de l’Indochine  par les Français (avec lesquels son aïeul vietnamien collabora) jusqu’à l’occupation et la défaite américaines. Franchini a publié une première fois son livre, « écrit à chaud », en 1977 et l’a réédité en 1995 sans, dit-il, en avoir « changé une ligne ni un mot ». En effet, c’est une œuvre aboutie qu’il nous livre là, écrite avec son cœur et sa raison. Parlant le vietnamien et le français, le corse et l’anglais, l’auteur est au carrefour de civilisations et de cultures multiples qu’il a assimilées, quelquefois avec douleur (le métis n’est bien vu ni d’un côté ni de l’autre, il n’a de place confortable nulle part), mais toujours avec le recul que donne une réflexion nourrie constamment de son expérience. Nous le suivons dans sa trajectoire humaine, depuis sa naissance qu’il raconte selon les témoignages, jusqu’à son départ du Sud-Vietnam. Cela nous vaut des scènes pittoresques (Franchini est aussi peintre) : la vie patriarcale et luxueuse des grands-parents, notables de la province de Mytho; l’existence de flambeur de son père, qui s’exila prématurément en France pour échapper à ses créanciers et.. à ses contradictions; le quotidien de l’hôtel après 1965, date à laquelle il en hérite, dans une ville en proie à l’occupation et à la guerre. A travers la description de la vie de quelques-uns de ses clients d’alors, il trace un tableau saisissant du Saïgon d’avant l’ère communiste, avec ses bons côtés et ses travers. Car il n’y a aucun manichéisme chez Franchini, et aucune amertume. Son récit véridique est émouvant; il est  ponctué, à la manière vietnamienne, de poèmes et de citations de grands écrivains locaux, qui font de la lecture de ce livre un moment à la fois agréable et instructif et confirment la valeur de cet ouvrage qui, sans être de la fiction, appartient à la littérature du vrai.

 

Jean-Jacques Donard

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Réédition

  • Continental Saigon, Métaillé, 1995 ISBN 2-86424-200-1

       

 

 

 

 

 

        

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