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R. Daurelle  Du Trung Ky au Pays des hommes bleus, broussards, vieux Tonkin   Imprimerie G. Taupin & Cie, 1935   __________________________________________________________________________________________________________________________________________

Chronique

Si vous aimez les histoires de Far West, si vous aimez les récits de type « ruée vers l’or », vous aimerez ce livre. L’action ne se passe pas en Californie au milieu du dix-neuvième siècle, mais en Indochine, au Tonkin exactement, au début du vingtième. Si les cow-boys sont ici des « broussards » et les « Peaux rouges », les « Hommes bleus », des montagnards d’ethnie thaï, le ton de 23 récits qui composent ces souvenirs des premiers temps de la colonisation française en Indochine apparente bien celle-ci à la geste magnifiée de la conquête du Nouveau Monde. L’auteur est plutôt journaliste qu’écrivain et sa plume est davantage celle d’un témoin prosaïque que celle d’un mémorialiste stylé, mais le fait qu’il ait connu personnellement la période qui suivit l’installation des Français dans tout le Vietnam lui fournit un matériau brut irremplaçable, fait d’aventures et d’exploits. Les héros en sont des colons, des militaires et même des missionnaires ou des fonctionnaires, tous exploiteurs durs à la peine que Daurelle voit avec quelque naïveté (ou aveuglement) comme des amoureux de l’Indochine. Ceux qu’il préfère sont les « broussailleux », qui exploitent les mines d’or ou les forêts et qui mènent une vie rude, au bord de l’ascétisme. Ce sont parfois des brutes, mais honnêtes et au grand cœur, et aucun ne mérite, aux yeux de l’auteur, les critiques dont les accablent les contempteurs de la colonisation. Cette bonne conscience donne un ton unique à ces récits épiques, car ils élèvent les protagonistes au rang de quasi-héros. Si l’on garde sa distance par rapport au mythe, on appréciera ces histoires qui évoquent sans fioritures la construction des chemins de fer indochinois (Parmi les cheminots), la vie dans les campements des chercheurs d’or (Prospecteurs), la chasse au tigre des montagnes (Débuts d’un nouveau débarqué), les terribles vengeances des « Muongs » envers les bandits qui les trompent (La Mort de Z.) ou vis-à-vis des coupables d’adultère issus de leur peuple (Au fil de l’eau). La vie est rude pour les pionniers, terrassées par l’alcool et le paludisme et dont le réconfort se trouve dans la solidarité et le sens de l’hospitalité qui les unissent, souvent à l’encontre des fonctionnaires de l’administration (Chez le roi des Huns). Les temps sont durs, mais aussi fertiles en énigmes excitantes et ne manquent pas les récits de découvertes macabres (La Grotte aux squelettes, L’homme qui avait perdu la tête) ou des portraits de personnages mystérieux à la fois princes et légionnaires (L’Inconnu).

 

 

Jean-Jacques Donard

 

 

 

 

 

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