Avec un titre plutôt modeste: Du village à la cité, M. Jean Marquet, qui a longuement vécu parmi les populations annamites et connaît bien leurs mœurs, a entrepris de les raconter avec une curiosité assez sympathique dans l'appréciation de la mentalité indigène. Des observations typiques, des traits de caractère constituent la partie surtout intéressante du livre. Mais on nous parle d'une révolte contre la domination française qui aurait bien en effet les tendresses des indigènes. Les décors sont fournis par le Fleuve Rouge, Hanoi et ses environs. Des observations menues et précises donnent les mœurs des villageois, des femmes de la capitale, des pirates, - qui peuvent toujours être présentés comme des révolutionnaires. Parmi les remèdes de la médecine indigène, dont on nous parle incidemment, on préconise la racine d'aubergine contre la gale ; des excréments de chauves-souris contre la dysenterie ; de la poussière de vers à soie contre l'épilepsie ; et contre la lèpre, du bizoard de bœuf, etc. Mais notre ancienne pharmacopée en contenait bien d'autres.
Mercure de France, n°620, 15 avril 1924
Du Village à la cité, le nouveau roman de moeurs annamites de J. Marquet, qui vient de paraître chez Delalain, n'est pas une histoire indépendante du précèdent roman mais son prolongement logique. Nous y retrouvons M. Chup, l'oncle Huit et sa nièce Thi-Louc, alias "Petite Prostituée" pareillement. Ainsi donc la trame de ses romans annamites est continuée et cela mérite d'être souligné. L'auteur a pris pour but de peindre par masses, de dérouler, par larges fresques, à la façon, en quelque sorte, des Rougon-Macquart, l'histoire sociale de toute une famille annamite, sous l'occupation française. Mais tandis qu'il s'était borné, dans le premier volume, à étudier les moeurs des Annamites purs, selon sa propre expression, de toute "atteinte occidentale", il nous narre, dans Du Village à la Cité, les états d'âme des indigènes qui ont pris contact avec la civilisation des Hommes Blancs à cheveux ras. Je ne raconterai pas ici, par le menu, les incidents non moins variés que pittoresques dont la chaîne forme l'intrigue de ce nouveau roman. Au Iecteur l'agrément de les découvrir et d'en savourer le récit. Je dois signaler cependant qu'on trouvera dans ce volume l'histoire de l'attentat d'Hanoi-Hôtel et des subséquentes manifestations ainsi que de certain rapt (d'Européen) qui causa grande émotion vers la même époque, le tout écrit alertement, avec couleur et relief, dans un style quelque peu différent de celui de De la Rivière à la Montagne, plus nourri, plus appuyé aussi. On y trouvera de même, nombre de belles pages sur la vie sociale indigène, sur la cueillette des riz mûrs, les concours triennaux, les ripailles et beuveries du Têt, les torrides journées d'été, les mois de crachin à la morne et froide grisaille, et bien d'autres encore.
Mat-Giang, in L'Eveil économique de l'Indochine, n° 257, 14 mai 1922