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Jehan Cendrieux  François Phuoc métis, roman indochinois  Fasquelle, 1929   __________________________________________________________________________________________________________________________________________

Résumé

Bà... François Phuoc, soulève la question parfois tragique du métissage. Au début du XXe siècle, dans la province d'Annam, Bà réalise sa différence à l'âge de cinq ans tandis qu'il fait paître ses buffles dans le petit village des Dix-Mille Vertus. Adopté par un ami de son père auquel ce dernier l'a confié avant son retour en France, celui qui deviendra François subit le rejet et les violences des deux communautés tout au long des étapes de l'enfance à l'adolescence. Abandonné par sa mère après la mort de son père adoptif, il fera de brillantes études qui le conduiront à choisir les valeurs de l'Occident. Mais François Phuoc ne pourra échapper à son cruel destin.

Editions Kailash   

 

 

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Chroniques

C'est dans un village annamite, joliment dénommé des Dix Mille Vertus, que M. Jehan Cendrieux, qui a vécu, paraît-il, de longues années en Indo-Chine, a placé l'action de son roman. Il y plaide, par l'exemple, en faveur des métis de notre colonie, nés de pères français, et sa plaidoirie est émouvante, encore qu'il use de procédés assez gros. M. Cendrieux a de bonnes qualités de psychologue, et les réactions de François Phuoc, le bâtard, son héros, qu'il suit à travers l'enfance et l'adolescence jusqu'à l'accident qui le tue en pleine jeunesse, sont observées avec intelligence. Mais on souhaiterait qu'il y eût un peu plus de peintures de moeurs et de descriptions de paysages dans son livre qui manque un peu de pittoresque, à l'exception de la première partie.

John Charpentier, in La Quinzaine critique des livres et des revues, Vol. 1, n°1, 10 novembre 1929

 

Comme Mme Chivas-Baron, naguère, M. Jehan Cendrieux plaide dans son roman indo-chinois François Phuoc, en faveur des métis de l'Indo-Chine. Il paraît - et Mme Chivas-Baron nous l'avait déjà dit - que nos colons abandonnent là-bas, avec la plus complète insouciance, les enfants qu'ils ont des indigènes. Tel est le cas de Phuoc qui grandit entre sa mère Cô- Binh, une Annamite, et M. Dinh, le maître d'école, dans le village des Dix-Mille Vertus, près de Touraine. Ayant poussé son instruction plus loin que ne le font d'ordinaire ses pareils, grâce à la protection d'un inspecteur des douanes, il part pour Paris, où il devient étudiant, et retrouve son père. Il est si ému par cette découverte ou plutôt par cette reconnaissance fortuite, qu'il se laisse écraser par un taxi. Pauvre Phuoc ! Mais il n'y a pas qu'aux métis qu'il arrive d'être victimes, à Paris, des accidents de la circulation. Aussi bien, reprocherai-je au roman de M. Jehan Cendrieux de se passer plus dans notre capitale qu'en Extrême-Orient. La première partie, qui évoque les mœurs et décrit les paysages de l'Annam, m'en a paru, pour cette raison, bien supérieure à la seconde.

John Charpentier, Mercure de France, n°754, 15 novembre 1929

 

Les étranges destinées de François Phuoc, métis. — Tel est le titre du roman que notre ami et confrère Jehan Cendrieux, rédacteur en chef de l'Impartial, vient d'éditer à Paris chez Fasquelle. Citons quelques passages du bel article que lui consacre, dans l'Impartial, M. Jacques Mir.
Le livre n'a rien de commun avec, les âpres écrits d'à-présent. Il y règne une mélancolique, j'allais dire une asiatique résignation. François Phuoc en effet tient à l'Asie par sa chair et par son enfance: il est métis. A vrai dire on ne doit pas le regarder comme le type de l'espèce. L'auteur s'est borné à présenter le cas particulier d'un entant né d'un père français et d'une mère annamite. Si je me permettais de l'aire un reproche à Cendrieux, ce serait d'avoir accumulé sur ce malheureux garçon tous les sujets de désespoir: si bien que les infortunes de François Phuoc paraissent moins venir de son origine et de l'abandon où son père l'a laissé que d'une fatalité sans bienveillance. Son père l'a quitté, sa mère est une pas grand'chose, le brave homme qui l'a recueilli meurt d'un coup de sang en s'apercevant qu'il est trompé par sa congaï, ce qui n'est pas une preuve de caractère, et, quand François retrouve sa famille, il est si complètement brisé par tous ces malheurs, il a si bien perdu toute foi dans la vie qu'il ne trouve pas d'autre solution que le suicide. Ce n'est pas tout. Phuoc est laid; se regarder dans la glace lui enlève tout courage et, plus que tout, il manque de ressort. Il ne réagit pas, d'abord parce qu'il ne connaît pas sa force. Il soutire d'un mal terrible: c'est "une bonne petite nature" et un tendre. Dans de telles conditions, un enfant de tous les pays doit céder le pas aux médiocres et aux tapageurs, au moins dans le cadre de la société. Comme un Annamite, il se sent écrasé par des forces extérieures à lui: le monde, les autres hommes, les conventions, les évènements de chaque jour. Il n'a même pas la souplesse des Annamites, il n'a pas leur perspicacité, ni cette grande netteté qu'ils savent apporter dans le choix et la poursuite d'objectifs matériels. Par ailleurs, il est pourvu d'un bon sens bien français. Il ne se grise pas de mots comme ses frères jaunes. C'est un rêveur qui n'est pas dupe de lui-même. J'aurais aimé que Cendrieux mit en face de François Phuoc un autre métis, plus conforme à ceux qu'il est donné de rencontrer quand le père a fait son devoir en prenant soin de les élever à sa ressemblance. Il y en a de beaux. J'en connais qui ont la finesse des Annamites et des qualités d'allant qui sont l'orgueil de notre race. Ils ne sont pas, comme nous, déconcertés par le milieu dans lequel on vit en Indochine. Ils y sont à l'aise, ils le connaissent, ils n'en rougissent pas et sont plus agréables à fréquenter que beaucoup de blancs authentiques. Ceux-ci d'ailleurs leur concèdent volontiers la place qu'ils méritent. Tout ce qui précède montrera peut-être quelles discussions ouvrira le livre de Cendrieux, quelles idées seront remuées par lui.
L'Impartial.
Ce livre constitue un document extraordinaire de vérité. Tout est exact dans ce roman, depuis le plus intime détail concernant les indigènes jusqu'à l'analyse du caractère de chacun des héros. M. Jehan Cendrieux n'ignore rien de ce qui a trait à l'Annam.
Lorsque nous étudiâmes La Maîtresse Sauvage de Cendrieux et Ponty, nous en louâmes le courage. Que dirions-nous de plus, à propos de François Phuoc, métis. Ce n'est pas simplement l'histoire d'un pauvre enfant, comme disait Rostand, c'est une cause sacrée que l'auteur défend, une cause qui prête à bien des discussions, car elle dépasse l'intérêt de l'individu. Cendrieux nous dévoile tout un monde, pas joli toujours, mais c'est si bien cela ! La vie du village annamite, la mentalité des "Cô" pour Européens, la férocité des "pure race" annamite pour les métis, le dédain brutal des petits français paresseux pour leurs demi-frères, la largeur de vue des gens de France qui ne connaissent pas ces questions-là, et qui ne les comprendraient pas. Et que de jolies descriptions, que de tendres évocations du pays d'Annam, terre souvent ingrate, cependant si prenante pour qui pense, croit et se donne à une cause ! Lisez François Phuoc, métis. Lorsque vous l'aurez lu, la valeur de l'oeuvre réalisée par Jehan Cendrieux se dévoilera pleinement à vous, car vous n'aurez point éprouvé uniquement le charme d'une agréable lecture. Le livre fermé, vous demeurerez sous son impression et son influence. Il vous oblige à penser.

Yves le Gadec, in L'Eveil économique de l'Indochine, n°651, 8 décembre 1929

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Rééditions

  • François Phuoc métis, roman indochinois, Fasquelle,1930

  • François Phuoc: métisse, Kailash, coll. "Les Exotiques", 2001 ISBN 2-84268-069-3

        

 

 

 

 

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