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Jean de La Guérivière Indochine, l'envoûtement Seuil, coll. "L'histoire immédiate", 2006 __________________________________________________________________________________________________________________________________________
Résumé
Entre la France et les trois pays formant l'ancienne Indochine s'est construite, au fil des décennies, une histoire passionnelle sans équivalent comparable. La dure guerre française (1946-1954), puis celle - américaine - du Viêt Nam n'ont pas fait disparaître cette passion et en ont même, à l'heure du tourisme, ravivé la nostalgie. C'est l'histoire de cette passion française pour l'Indochine que raconte Jean de La Guérivière, ancien journaliste au Monde, journal pour lequel il couvrit les derniers moments de la guerre Vietnam. Son récit ne se borne pas à la politique, loin s'en faut. Il englobe la culture militaire, les missions religieuses, le cinéma, la littérature de voyage et celle des romanciers "asiates". Il s'intéresse aux liens spécifiques tissés pendant plus d'un siècle entre ces sociétés lointaines et la France. Les femmes y occupent une place privilégiée. Au total, cette "somme" à la fois savoureuse et érudite rassemble l'essentiel de ce qu'il faut savoir si l'on veut comprendre la genèse et la persistance d'un véritable envoûtement.
Editions du Seuil
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Chronique
Parmi les dernières nouveautés parues en France sur l’Asie du Sud-Est, nous tenons particulièrement à vous signaler cet ouvrage venu s’insérer au sein de la très belle collection de « l’Histoire immédiate » des éditions du Seuil. Indochine: l’envoûtement de Jean de la Guérivière fera en effet à n’en pas douter référence sur la thématique qu’il traite: celle du rapport passionnel qu’ont entretenu la France et les français à l’égard des trois pays qui composèrent naguère l’Indo-Chine française et ses peuples respectifs: Vietnam, Cambodge et Laos. Une passion faite - comme il se doit - d’amour et de haines déroulés sans répit depuis le début de l’entreprise coloniale française jusqu’aux processus d’indépendance; une passion sans équivalent comparable; à l’exception peut-être de celle qui naquit ensuite entre ces mêmes trois pays et les Etats-Unis une fois la France effacée de cette région. Pour décrire cette passion qui s’est transcendée depuis dans une nostalgie toujours vivace, Jean de la Guérivière, en journaliste aguerri, et disons-le tout net: brillantissime, multiplie les angles de vue: celui des stratégies militaires, économiques et religieuses mises en œuvre sur toute la période; mais encore, celui des imprégnations culturelles et de l’intrusion de l’Indochine dans le cinéma, la littérature de voyage et le roman français dit « exotique ». Remarquablement structuré, cet ouvrage rigoureux évite les écueils et l’austérité d’un essai d’érudition en fourmillant d’anecdotes et d’informations inédites captées sur le terrain. Sa richesse doit beaucoup à la connaissance acquise de la région par son auteur, ancien journaliste au journal Le Monde ayant couvert pour ce dernier les derniers instants de la guerre du Vietnam et la chute tragique de Saigon. Il vient enrichir une œuvre déjà dense parmi laquelle on signalera Les fous d'Afrique: histoire d'une passion française paru chez le même éditeur en 2001, ou bien encore plus récemment: Amère Méditerranée : le Maghreb et nous paru en 2004. Essentielle pour qui voudra mieux comprendre la genèse et la persistance d'un véritable envoûtement des français pour ces contrées lointaines de l’Asie du Sud-Est, la lecture d’Indochine: l’envoûtement pourra être complétée très utilement par celle du magnifique Paris-Asie de Pascal Blanchard et Eric Deroo (La Découverte, 2004), déjà présenté dans cette chronique, qui revient avec force illustrations sur ces mêmes cent cinquante années marquées par « l’équivoque » des relations de la France avec cette région du monde.
Pierre Andricq
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