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Indochine, un rêve d'Asie Omnibus 1995 et 2000 __________________________________________________________________________________________________________________________________________
Chronique
La vogue des voyages en Extrême-Orient et la nostalgie d’une certaine « épopée » française en Asie du Sud-Est ont amené certainement les éditions Omnibus à republier des œuvres relatives à la péninsule indochinoises difficiles à se procurer car non rééditées depuis longtemps. On trouvera donc dans ce gros ouvrage de 1000 pages six romans de bonne longueur, dont Le Kilomètre 83, de Henry Daguerches (il a en été rendu compte récemment dans cette rubrique); Un pèlerin d’Angkor, de Pierre Loti; Les Civilisés, de Claude Farrère; Le Conquérant, d’Herbert Wild; Les Dieux rouges, de Jean d’Esme et Le Sampanier de la baie d’Along, d’Yvonne Schultz. A ces textes longs s’ajoutent des nouvelles et récits plus courts d’écrivains oubliés comme Jules Boissière, Albert de Pouvourville, Alfred Droin, Tran Van Tung, Jean Dorsenne, ou quelqu’un de plus connu comme Jean Cocteau (auteur d’un petit « Drame annamite »). Le tout représente un ensemble de vingt et une œuvres (de douze écrivains) souvent de grande qualité littéraire, rédigées dès le début de la conquête de l’Indochine (en 1860) jusqu’à l’épanouissement de la colonisation française dans cette région (en 1930), où les lecteurs de toutes tendances trouveront leur bonheur: car les écrivains ont tout dit, les uns dénonçant les travers de l’oppression, les autres vantant le charme des colonies. On aura donc le choix entre les clichés de l’exotisme, les complaisances de la littérature coloniale et la virulence de l’anticolonialisme. Tous les auteurs en tout cas ont été fascinés par cette période et cette région du monde jusqu’à l’élever quelquefois au rang de mythe. Qu’on en juge par cette description de Hô Chi Minh-Ville par Jean d’Esme, dans les Dieux rouges (1923): « Indécis, Pierre s’était arrêté au rebord de la chaussée. Devant lui Saïgon-la-Nocturne, gorgée de lumières et de bruits; Saïgon-la-Cosmopolite, carrefour de toutes les races d’Europe et d’Asie où se coudoient et se mêlent sans se confondre l’Annamite, le Chinois, l’Indou, le Malais, le Japonais, le Français, l’Anglais, l’Allemand, le Russe; Saïgon-la-Magnifique, pandemonium de toutes les religions et de toutes les civilisations, les plus modernes comme les plus antiques; Saïgon-la-Française enfin, parmi les flonflons des orchestres tsiganes importés d’Europe, s’éveillait et s’étirait langoureusement sous la caresse de la nuit annamite, tiède et voluptueuses ». Le thème de l’Indochine se retrouvera, de façon radicalement renouvelée, au moment de la Seconde Guerre mondiale puis lors de la Guerre d’Indépendance du Vietnam, mais les œuvres écrites alors pourraient constituer une seconde anthologie fort copieuse, qui témoignerait sans aucun doute de la vitalité du courant indochinois dans la littérature française. Ce recueil est préfacé de façon éclairante par Alain Quella-Villéger, qui a réuni tous ces textes et qui livre en fin de volume un « Dictionnaire des auteurs » bien pratique pour connaître les écrivains encore mal connus.
Jean-Jacques Donard
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