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Andrée Viollis  Indochine S.O.S  Gallimard, 1935        __________________________________________________________________________________________________________________________________________

Résumé

 

En 1931, quand Andrée Viollis, grand reporter au Petit Parisien, principal quotidien de l'époque, arriva en Indochine, la conquête militaire était depuis longtemps achevée. En 1893, la France avait créé l'Union indochinoise qui regroupait les protectorats et colonies du Vietnam, du Cambodge et du Laos. Des monarques, sans aucun pouvoir, furent maintenus mais c'est un gouverneur général français qui dirigeait l'Indochine, appelée la «perle de l'Empire colonial français». En 1931, la situation était devenue explosive du fait de la crise économique mondiale. De véritables émeutes éclatèrent et furent rapidement réprimées. Le ministre des Colonies de l'époque, Paul Reynaud décida de visiter le pays. Andrée Viollis fit partie de la délégation officielle, en tant que journaliste accréditée. Elle rencontra des officiels, mais aussi des opposants et, à travers eux, elle découvrit la réalité de l'exploitation et de la répression coloniale: les famines, les conditions de travail épouvantables dans les plantations, les humiliations quotidiennes, la brutalité des autorités militaires et policières, les prisons et les bagnes où s'entassaient les militants anticolonialistes, les interrogatoires musclés et la torture à l'électricité, le mépris dans lequel les colons tenaient toute la population colonisée. En 1935, Andrée Viollis publia le recueil de ses notes sous le titre Indochine S.O.S. La simple relation des faits devint une dénonciation sans concession de ce pouvoir colonial. Elle y ajouta, en annexe, des documents accablants pour le pouvoir colonial: comptes rendus du procès dans lesquels le pouvoir colonial acquitta des légionnaires qui avaient massacré des villageois (procès de Hanoï - juin 1933) et de celui qui condamna à mort des militants anticolonialistes (procès de Saigon - mai 1933), documents officiels sur les «événements d'Indochine»... À sa parution, Indochine S.O.S. fit scandale, et son auteure fut accusée de mentir et de salir le pays. Après une dernière réédition en 1949, cet ouvrage était devenu introuvable. Aujourd'hui, alors que certains parlent «de l'oeuvre civilisatrice de la France» dans son empire, sa réédition a le mérite de rappeler ce qu'était réellement le colonialisme français.

Editions Les Bons caractères

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Chronique

 

Ce livre porte le cachet de la Bibliothèque nationale du Cambodge, ce qui veut dire qu’il a été acheté après l’indépendance du pays: les autorités du protectorat auraient été les derniers à acquérir pour les lecteurs khmers ce brûlot, témoignage terrible et bouleversant, véritable inquisitoire de la colonisation sur la péninsule indochinoise. Il s’agit là de la seconde édition d’un livre publié pour la première fois en 1935, dans les années culminantes de l’occupation française en Indochine, avec une préface d’André Malraux. Mais, comme le dit l’auteur dans son avant-propos, quatorze ans après, la deuxième guerre mondiale achevée, « il reste d’actualité ». Le fait que ce soient des éditions communistes qui publient le livre, les EFR, ne retire rien en objectivité à ce reportage explosif d’une journaliste du Petit Parisien, partie à l’origine accompagner durant deux mois, de septembre à décembre 1932, le ministre des Colonies Paul Reynaud en voyage officiel en Indochine. Elle devait faire l’éloge du colonialisme, elle revient avec le compte rendu d’une tournée où on voit le ministre d’abord sceptique se faire peu à peu complice – par facilité et lâcheté - de la tyrannie meurtrière de ses hôtes, les autorités françaises d’Indochine. Il n’aura pas vu ou voulu voir ce qu’Andrée Viollis décrit avec tant de force et évitera à son retour de pratiquer des réformes qui auraient pu améliorer la situation des « indigènes ». Car ce que décrit la reporter pourtant aguerrie (elle est aussi l’auteur d’un reportage intitulé L’Inde contre les Anglais) est proprement affreux: au cours de ce voyage elle se rend avec la délégation ministérielle à Vinh, ville du centre-nord du Vietnam, où elle assiste à une distribution massive de riz (mascarade organisée par les autorités locales) à « Dans un immense enclos, entouré de barrières de bois, 3 à 4.000 créatures humaines, vêtues de loques brunes, […] entassées et pressées […] Dans chaque être, toutes les tares, toutes les déchéances: faces bouffies ou décharnées, dents absentes, prunelles éteintes ou chassieuses, plaies ulcérées.[ …] Plus d’âge, plus de sexe, rien qu’une mortelle misère qui, par des milliers de bouches noires, pousse d’horribles cris d’animaux. » (pp. 88-89). Ce terrible spectacle de paysans poussés par la famine sera sa « scène primitive », au sens psychanalytique du terme: « Ce que je vois alors, dit-elle, je ne pourrai jamais l’oublier ». Elle va rencontrer, bien que surveillée étroitement par la police, des résistants vietnamiens et noter  le récit de leurs persécutions. Elle va voir aussi dans quel luxe criminel se complaît l’administration coloniale. Elle revient donc à Vinh vingt jours plus tard: « Je retrouve la même triste foule hurlante qui assaille les baraquements: affamés, ulcéreux, amputés, yeux troubles et purulents, plaies sanglantes. » (p. 142). Elle révèle que la Légion étrangère est autorisée à tirer sur tout fauteur de trouble par les autorités coloniales. Dans son avant-propos de 1949, elle n’hésite pas à comparer cela avec les récentes atrocités allemandes: avec ses « divers bagnes et prisons de mort lente », la répression coloniale annonçait déjà « Buchenwald et Dachau ».. Elle saluera donc logiquement la proclamation en 1945 « de la République démocratique vietnamienne dont le président est Ho-Chi-Minh. ».

 

Jean-Jacques Donard

 

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Rééditions

  • Indochine S.O.S., les Editeurs français réunis, 1949 (Préface de Francis Jourdain)
  • Indochine S.O.S, Les Bons caractères, 2008 ISBN 978-2-915727-15-9

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