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Roland Meyer Komlah, visions d'Asie P. Roger, coll. "Voyages de jadis et d'aujourd'hui", 1929 ___________________________________________________________________________________________________________
Chroniques
Les éditions Pierre Roger, dans leur collection « Voyages de jadis et d'aujourd'hui », nous donnent un très remarquable ouvrage de M. Roland Meyer : Komlah, Visions d'Asie. S'il est malaisé de chercher à analyser ce livre, il serait encore beaucoup plus téméraire de tenter de traduire l'impression qui se dégage de sa lecture. Cet ouvrage est la traduction, l'expression dans une forme élégante et séduisante par le charme que procure sa lecture de la « vie intérieure » d'un blanc prédestiné dès l'enfance à une vie sous de lointains cieux et dans des civilisations exotiques. Il vit son rêve avec toutes les puissances d'intensité que peuvent donner une sensibilité affinée et une ardeur d'enthousiasme que le temps ne fait qu'accroître à mesure qu'il s'enfonce plus avant dans la connaissance des milieux dans lesquels il pense. S'il fallait néanmoins caractériser cet ouvrage par une dominante, nous serions porté à penser que c'est le livre de « La Vocation Coloniale ». Marqué d'une véritable prédestination, dès le plus jeune âge, son but d'avenir se précisant dans son imagination en des visions d'un lointain qui l'attire, l'appelle, l'imprègne avec une force qui crée chez lui une foi et lui impose un devoir qui amèneront la merveilleuse vocation qui illuminera sa vie. Appelée à vivre les imaginations qui ont bercé sa jeunesse et par là même marqué son esprit, il sera exceptionnellement adaptable et adapté aux milieux dans lesquels il vivra. Tout en attachant au charme extérieur des choses et des gens, l'intérêt qu'un sens délicat du beau et de l'art lui commande, Komlah est trop profondément marqué pour ne pas aller plus avant dans l'analyse et la compréhension dé ce qui l'entoure. L'intense vie intérieure qui l'anime ne saurait se contenter d'une connaissance de surface. Avec une acuité pénétrante, une minutie d'analyse psychologique il voit, il comprend et il sait. Il était naturel que pareilles vigueur et activité de pensée ne s'en ferment point dans le silence, elles ne pouvaient être contenues sans s'extérioriser. Ce livre, fait de la délicatesse d'un coeur et 4e l'intelligence d'un esprit, est la « vie romancée » pleine de charme du blanc qui devait vivre dans l'extrême-orient de ses rêves. Avec une sincérité qui touche, avec une franchise de traduction de ses sentiments qui laisse percer les enthousiasmes, les rancoeurs, parfois même le parti-pris d'une préférence trop marquée* Komlah dissèque son coeur et met à nu ses plus intimes pensées pour donner à ses lecteurs la joie délicate que procure la connaissance d'une oeuvre de grand mérite. Lire un aussi bel ouvrage, écrit et pensé en profondeur, est un plaisir délicat qui réconforte et rachète agréablement la lecture de nombreux livres, romans ou récits de voyages sur l'Extrême-Orient et l'Indochine en particulier qui, écrits et pensés en l'air, laissent seulement l'impression de renseignements recueillis en hâte au cours d'une conversation, dans la précipitation de l'attente du départ du paquebot, de l'auto ou d'Un train qui doit conduire plus loin pour voir en un temps plus réduit, plus de choses que n'en a vu l'auteur du dernier roman paru. Ce livre qui, dans le plus petit détail, dans la description la plus simple, révèle une profonde connaissance de l'Indochine, ne sacrifie pas à la mode et aux méthodes présentement en faveur en littérature coloniale. M. Roland Meyer n'avait rien publié depuis « Saramani », paru il y a 10 ans. L'on conçoit qu'un auteur ne puisse avoir dans la tête de nombreux livres présentant un tel ensemble de connaissances, une adaptation aussi exacte et une accoutumance aussi réelle aux choses dont il écrit. Aussi, malgré le caractère de moment des nombreuses notations descriptives qui ajoutent au charme de sa lecture, ce livre durera. Pendant très longtemps, tant que des hommes seront épris de connaître d'autres hommes différents d'eux-mêmes, tant que le goût de l'aventure et le désir de voir autre chose animera l'occidental qui veut voir au delà de l'horizon trop rapproché qui l'enserre, l'ouvrage de M. Meyer sera lu et apprécié. Il fera certes mieux connaître l'Indochine ; sa lecture enchantera de nombreuses générations à venir et contribuera très certainement à faire éclore des vocations coloniales parmi ceux qui sauront comprendre la grandeur et le charme de la vie de Komlah, colonial de légende de la merveilleuse histoire de la France d'outre-mer.
La Revue du Pacifique, n°1, 15 janvier 1930
Ce livre est dédié aux héros ignorés de l'épopée coloniale. « Komlah est l'histoire d'une vocation coloniale, narrée dans le cadre d'un poème ethno-géographique ». Ce cadre, abstraction faite de la forme littéraire qui est sans critique, c'est celui d'une des fractions les plus mal connues de notre domaine indo-chinois : le Laos. — A la veille de l'exposition qui doit exalter tant notre effort Colonial, la lecture de Komlah est plus instructive encore, — puisque nous y saisissons les obstacles, les pièges, les beautés et les joies d'une « carrière » coloniale. Mais l'auteur sait faire comprendre que les moments de beauté l'emportent sur les heures de laideur. Dans les dernières pages de son oeuvre, l'intérêt monte à un degré plus élevé. Inde ou Chine ? telle est la question posée ! Quelle est la vraie face du « Janus indo-chinois » ?. Laquelle faut-il choisir ? celle de l'Ouest ou « versant indien » avec «le Laos, le Siam, la Birmanie et le Cambodge, arrière garde résignée des peuples de civilisation indo-européenne » ? Celle de l'est ou « versant chinois, domaine des Annamites de l'Annam — Tonkin et de la Cochinchine, peuple de civilisation chinoise, avant-garde pullulante des races mongoles » — ? Le choix est possible, sinon désirable; mais la lecture de Komlah, seule, peut vous aider à trouver la solution la meilleure.
A. L. in Bulletin de la Société de géographie de Lille, n°1, Janvier-février 1931
Il semble bien que ce soit plus ou moins l'autobiographie d'un fonctionnaire colonial mécontent de son sort. Il a voulu nous livrer ses "Visions d'Asie". Il a surtout fait un livre païen. Jeune encore, il s'est cru la vocation coloniale, parce qu'il avait rencontré des danseuses cambodgiennes ou javanaises aux charmes desquelles il s'est laissé prendre ! Jolie vocation, ma foi ! Vous vous doutez bien où elle l'a entraîné : dans des mauvais lieux qu'il décrit copieusement, ne faisant grâce d'aucun détail. Après quoi, Komlah traîne sa vie en exil, on ne sait trop pourquoi. Il en profite pour décrire abondamment les pays qu'il parcourt : Cambodge, Annam, Laos, et les bords du Mékong. C'est là qu'il vit pendant la grande guerre. Il pense aux morts, mais toujours en païen. Il fait interpréter ses songes par des bonzes, et le reste à l'avenant. La série de ses longs voyages se termine par une tournée aérienne au Siam. Tout cela n'apprendra pas grand'chose aux esprits curieux de la vie coloniale, et n'est guère fait pour susciter des vocations coloniales dignes de ce nom.
Revue des lectures, n°5, 15 mai 1930
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Rééditions
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Komlah, visions d'Asie, P. Roger, coll. "Voyages de jadis et d'aujourd'hui", 1930
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Komlah, visions d'Asie, A. Gérard, 1983 ISBN 2-86704-006-X
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