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Albert de Pouvourville L’Annam sanglant (publié initialement sous le titre De l'autre côté du mur), 1890 _________________________________________________________________________________________________________________________________________
Chronique
Albert Puyou de Pouvourville (1861-1939) fait partie de la cohorte des meilleurs écrivains de l’Indochine et le coup d’envoi de sa carrière littéraire en France a été, en 1897, la publication du roman L’Annam sanglant. La version première de cette œuvre épique, intitulée De l’autre côté du mur, qui date de 1890 (et avait paru à Haïphong), et son activité militaire au Tonkin situent l’écrivain dans la lignée des conquérants et des premiers littérateurs de l’Indochine, comme Jules Boissière et Claude Farrère. On distinguait alors les cinq régions de la péninsule indochinoise: le Cambodge, le Laos, la Cochinchine, le Tonkin et l’Annam. Cette province, correspondant en gros au centre du Vietnam actuel, était le siège de la monarchie vièt depuis le quinzième siècle, après une longue occupation chinoise. Les Français commencèrent a y intervenir en 1787, mais c’est près de deux siècles plus tard, en 1884, qu’ils établirent un protectorat sur l’Empire annamite (qui restera cependant sous l’autorité nominale des monarques locaux), au prix de batailles sanglantes. Le prétexte avait été de mettre fin aux exactions des fameux Pavillons noirs et jaunes, bandes d'irréguliers Chinois régnant en maître dans certaines parties du Tonkin, lequel dépendait alors de l’Annam. La France occupa rapidement Hanoï et, l’année suivante, força l’Annam à accepter le protectorat français. C’est précisément la campagne militaire décisive de 1883 que décrit ce roman. Le plus curieux dans cette affaire est que toute la bataille est vue du côté indochinois et même chinois (le chef des brigands, Ong-Luu), avec un luxe de détails « exotiques » qui laisse pantois. Féru de culture chinoise, Pouvourville (qui se fera appeler plus tard « Matgioï », l’œil du jour en chinois) ne nous fait grâce d’aucune déesse de l’Empire du milieu, d’aucun nom compliqué ni d’aucun symbole et ses descriptions des sculptures de temples, par exemple, sont vite fastidieuses. C’est une des faiblesses de ce roman, par ailleurs passionnant à lire pour ses scènes d’action, car il décrit avec brio un épisode crucial de la conquête de l’Indochine, vécu de près par l’auteur (même s’il ne fut pas un témoin direct des événements): le débarquement des troupes du commandant Rivière à Hanoï, la mort de celui-ci au combat, l’arrivée de l’amiral Courbet et la prise de Son-Tay par les Français. Avec cette œuvre marquante, qui pointe la confrontation extrême entre les civilisations asiatique et occidentale, Pouvourville inaugure une série d’écrits romanesques et poétiques qui mettront presque tous en scène sa connaissance et sa passion des cultures chinoise et indochinoise, faisant de lui un des meilleurs représentants de l’asiatisme dans la littérature française contemporaine.
Jean-Jacques Donard _________________________________________________________________________________________________________________________________________
Rééditions
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L'Annam sanglant, Chamuel, 1898 (Illustrations de Cézard)
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L'Annam sanglant, L. Michaud, 1911
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L'Annam sanglant, E. Figuière, 1935
- L'Annam sanglant, Kailash, coll. "Les Exotiques", 1995 ISBN 2-909052-75-3
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