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Albert de Pouvourville L'Heure silencieuse Editions du nouveau monde, 1923 ____________________________________________________________________________________________________________
Résumé
Quand je suis reparti pour l’Extrême-Orient, vous m’avez demandé un roman. Je vous l’ai promis. Je tiens ma promesse. Voici des contes. J’ai l’air de me moquer ? Point…Vous souhaitiez un roman vivant: voici des contes vécus. Je vous donne plus que vous ne m’aviez demandé. Remerciez-moi.
Editions Kailash
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Chronique
Mat-Gioi (Albert-Pouvourville) vient de publier, aux éditions du Monde Nouveau, un nouveau recueil de nouvelles indochinoises: L'Heure silencieuse dont les Pages ont donné récemment des extraits. Ce recueil fait heureusement suite au Cinquième Bonheur, paru chez Michaud il y a une douzaine d'années et dont on n'a peut-être pas assez dit tout le bien qu'il faut en penser. La nouvelle liminaire qui donne son titre au nouveau livre a été publiée dans nos anciennes Pages (n° du 1er mai 1913); elle résume d'émouvante façon l'idée maîtresse du volume. Admirable poème en prose, elle dresse, dans un style magistral, le saisissant contraste de la splendide Nature aux calmes souverains et de l'humaine frénésie, sauvage, destructrice, avec ce corollaire tout d'amertume: la vanité de l'effort. « Heure embaumée où les Cieux font la terre si douce à l'homme que le Sage lui-même finirait par l'aimer et s'y plaire. Heure nocturne où le Silence est comme le vêtement de la pensée éternelle. Beauté des choses évanouies dans l'ombre subtile... Mais du haut du panache mouvant des aréquiers tombe soudain l'odeur fade du sang au loin répandu et des brasiers éteints. Et elle m'avertit du leurre des plus doux parfums, du mensonge des plus belles formes et de l'inutilité même de la vie... » Toutes ces nouvelles sont d'un style appuyé, d'une captivante poésie, d'un exotisme pittoresque et de bon aloi. A mon sens les caractérise cette particularité qui, pour nous autres, Français d'Asie, est le meilleur critérium, situées dans un autre décor que le décor indochinois, elles perdraient toute raison d'être. Elles sont spécifiquement locales. En quoi elles diffèrent foncièrement de tant de nouvelles soi-disant annamites dont l'action pourrait, sans inconvénient majeur, se dérouler au Groënland ou eu Patagonie tout aussi bien que dans le delta tonkinois. Les nouvelles de Mat-Gioi qui ont pour titres La Langue, Les Trois Pagodes, L'Homme violet, La Pierre sonore, Le Geste révélateur, Bertile et la mort, La Bête et l'eau, Le Contrebandier, Le Déraciné, La Pipe sont typiques à cet égard. Voici la description du supplice du radeau: « Midi. Au coude du fleuve et sur un radeau qui tournoie dans le courant, un Français sanglant et méconnaissable est ligoté. Coupés, les pieds qui le conduisirent aux rendez-vous d'amour, tranchées, les mains qui firent les caresses fiévreuses ; crevés, les yeux qui virent le corps de la maîtresse passionnée ; déchirées, les oreilles qui l'entendirent ; arrachée, la langue qui lui jura l'éternité de l'amour coupable. Ces fragments hideux, liés dans un petit sac accompagnent le supplicié. A cette loque humaine, sanglante et respirant encore, lloa-Van, vivante et tout intacte, est attachée par trois liens de bambou tressé. Ses lèvres entr'ouvertes sont collées par force aux lèvres moribondes; ses seins palpitent, écrasés sur la poitrine anhélante ; ses jambes sont entrelacées par des cordes aux sanglants moignons de son complice expirant. « Et comme la loi veut que l'on rejette au courant le radeau du supplice, s'il venait à s'arrêter contre les rives, les adultères s'en vont ainsi jusqu'à la mer lointaine, balancés sur les petits flots rougeâtres du fleuve et suivis d'un vol croassant de corbeaux affamés » Les nouvelles de Mat-Gioi sout lourdes de substance asiatique. Mais au service de cet intérêt ramassé, concentré, l'auteur, à la différence de certains écrivains locaux, n'a pas mis un style sobre, dépouillé, d'une sécheresse touchant parfois à la totale nudité littéraire. La richesse médullaire se double ici d'une somptuosité formelle qui en accroit valeur et attrait. Aussi l'Heure silencieuse, ou je me trompe fort, plaira-t-elle autant au public métropolitain qu'aux lecteurs de la colonie. Ce n'est pas à dire que Mat-Gioi recourt aux descriptions colorées et aux romantiques élans pour l'unique plaisir de donner coûte que coûte, plus de relief, à ses paysages ou à ses personnages et d'en corser les tonalités. Détails, couleurs et descriptions ne sont appliqués par lui qu'à bon escient, dans la mesure et à l'instant précis où il sied qu'ils le soient. De la sorte il évite ce double écueil: l'abus des épithètes, aussi véhémentes qu'inexactes qui caractérisent tant de faiseurs pseudo-coloniaux acharnés, pour "épater le bourgeois", à toujours fourrer les notes laqué rouge et or, flamboyant ou vermillon majeur là où n'existent que la teinte cunao et les grisailles du crachin, et, d'autre part, la décourageante monotonie d'une écriture aride par excès de simplification, décharnée, quasi schématique. Nul mieux ni plus profondément que Mat-Gioi n'a pénétré le coeur du vieil Annam: Il faut en avoir analysé comme lui les plus intimes fibres pour pouvoir, d'aussi experte façon, initier le lecteur au secret fonctionnement d'une machine dont les rouages ont longtemps passé pour indiscernables. C'est que, outre la connaissance des gens et des choses d'Extrême-Asie, Mat-Gioi s'est livré, toute sa vie, à l'étude de la mystique jaune et que, depuis longtemps, les sciences occultes de ce pays n'ont plus pour lui le moindre secret. L'Heure Silencieuse vient ajouter une oeuvre remarquable à l'éclairante série des livres (Le Maître de Sentences, L'Annam sanglant, Le Cinquième bonheur, La Greffe) où Mat-Gioi a déposé les trésors spirituels recueillis par lui en Extrême-Orient au cours de ses études sur le triple plan métaphysique, philosophique et social. C'est une oeuvre que tous les Français d'Asie doivent lire et qui, nous en sommes certain, aura son prolongement logique dans d'autres livres d'identique facture et d'un aussi précieux enseignement.
René Crayssac in Les Pages Indochinoises,15 février 1924 repris in L'Eveil économique de l'Indochine, n°353, 16 mars 1924
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Réédition
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