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Clotilde Chivas-Baron La Femme française aux colonies Larose, coll. "Vies coloniales", 1929 __________________________________________________________________________________________________________________________________________
Chronique
Il ne sera pas aisé de retrouver quelque information sur l’auteur de ce curieux petit ouvrage publié en 1929. Tout juste savons-nous que Clotilde Chivas-Baron fut l’auteur de plusieurs ouvrages « exotiques » parus dans les années vingt dont certains furent couronnés par des prix littéraires: Contes et légendes d’Annam, Trois femmes annamites, Folie exotique, ou bien encore Confidences de métisse. On cherchera en vain la trace de son éditeur qui a disparu, et encore moins de réédition plus récente de La Femme française aux colonies. Il est vrai que ce petit essai à la fois historique et sociologique fera sourire le lecteur du 21ème siècle par son style d’écriture suranné. Il le choquera encore par les idéologies qui le sous-tendent: glorification de l’expansion coloniale française, nationalisme effréné, etc. Resitué dans le contexte de l’époque, il part cependant d’une intention louable: celui de révéler le rôle qu’on a bien voulu accorder aux femmes dans cette aventure coloniale depuis ses origines et sous toutes les latitudes du globe. Clotilde Chivas-Baron identifie trois catégories parmi les premières françaises qui s’expatrièrent: celles qui contribuèrent à l’évangélisation des peuples indigènes (les sœurs des missions catholiques), celles qu’on envoya donner aux terres nouvelles « les futurs colons indispensables » (les prostituées), puis enfin - les pionniers colonisateurs « éprouvant la nécessité d’avoir près d’eux des compagnes blanches », et ce « malgré l’apprivoisement des beautés indigènes » - les épouses des gouverneurs, des fondateurs de comptoirs commerciaux et des grands chefs militaires. On pourra retrouver là, dans ce premier tableau, une vision franchement rétrograde de la condition féminine qu’on peut imaginer partagée par une large partie de la société française de l’époque; mais dans le même temps l’ouvrage veut rendre justice à certaines figures féminines qui s’illustrèrent dans cette aventure, et finirent par forcer l’admiration masculine par leur volonté et leur courage. Il prend alors la forme d’une galerie de portraits haut en couleur, depuis la figure de la célèbre Mère Javouhey « à l’âme bien trempée » qui, de l’Afrique (Sénégal) à la Guyane, partit à la recherche des « lumières coloniales » ; jusqu’à celle de Madame Valentine-Edouard Lanz au Congo. On s’attardera bien sûr sur le chapitre des femmes qui s’illustrèrent en Indochine: la mère Benjamin Le Noël de Groussy qui s’occupa du sort des jeunes filles métis, de l’entreprenante Madame de la Souchère – la « Princesse de l’hévéa » - qui installa ses plantations en pleine brousse cochinchinoise, ou bien encore de Mademoiselle Karpélès de l’Ecole française d’Extrême-Orient qui oeuvra pour la conservation du folklore khmer et fonda la première Bibliothèque Royale au Cambodge. Au terme de ce panégyrique, on s’amusera enfin à la lecture des conseils que prodigue un George Groslier à « La Coloniale » des années vingt (conseils repris par l’auteur) à propos de l’aménagement du foyer colonial qui doit comporter le moins possible de meubles et de bibelots afin de pouvoir être facilement lavé à grande eau: « …Les trois-quarts de nos bibelots ne sont que basse pacotille, ils sont laids (…). Acceptons durant un mois au maximum, de nous dire automatiquement avant d’acheter quelque chose: Sera-ce frais ?, sera-ce facile à entretenir ? (…) disons-nous cela, un mois seulement, pour que notre maison coloniale soit transformée dans la suite, conformément au milieu.»
Pierre Andricq
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