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Henry Daguerches Le Kilomètre 83 in La Revue de Paris, février-mars 1913 _________________________________________________________________________________________________________________________ Résumé "Du sang, de la sueur et des larmes" : tel aurait pu être le titre du récit qu'Henry Daguerches consacre à la construction d'un kilomètre de voie ferrée, au début du siècle, dans la jungle indochinoise. "Vivant d"une vie de piège", la forêt vénéneuse du Cambodge exerce un profond attrait sur le narrateur, un jeune ingénieur des Ponts et Chaussées, qui tente de nous en restituer la splendeur et l'étrangeté. Engagé dans l'aventure du "Kilomètre 83", le jeune homme témoigne de la complexité de la société dans laquelle il évolue, aux intérêts et aux appétits contradictoires, et il met en relief toute l'ambiguïté d'un monde colonial encore triomphant. Editions Kailash _________________________________________________________________________________________________________________________ Chroniques Après l’évocation dans nos deux précédentes chroniques des romans de George Groslier (Le Retour à l’argile et La Route du plus fort), nous vous proposons cette semaine de continuer à parcourir cette admirable collection des « Exotiques » par laquelle les éditions Kaïlash rééditent régulièrement, pour notre plus grand bonheur, nombre d’œuvres (et notamment de romans) publiées au début du 20ème siècle et directement inspirées de l’expérience du Protectorat français au Cambodge. Henry Daguerches, de son vrai nom Charles Valat, n’a certes pas eu la notoriété d’un George Groslier. On peut néanmoins déceler dans son œuvre, et précisément dans ce kilomètre 83, de nombreuses analogies avec les romans de ce dernier, tant dans le style d’écriture, que dans le tableau qu’il peint, lui aussi, de cette « entreprise coloniale » française et de ses acteurs. Au sortir de Polytechnique, Henry Daguerches intègre l’armée française dans laquelle il se retrouve affecté à « Pierre Andricq
Livre colonial, dira-t-on; il y en a tant d'autres! D'accord., Mais ces autres s'efforcent plus ou moins de pénétrer les âmes indigènes, tentative dangereuse, qui ne réussit jamais complètement. Tandis que M. Daguerches ne nous montre le milieu exotique que dans son action sur le cerveau européen. Peut-être est-ce là ce qui donne à son œuvre le plus de saveur et la plus particulière. Sous le climat humide et chaud de la forêt indochinoise, nos idées et nos sentiments nationaux, tout à fait authentiques, subissent une fermentation. Ils s'exaspèrent et en même temps prennent de l'étrangeté; le mystère les baigne, les frontières de la- folie se rapprochent. Les héros du kilomètre 83 sont les martyrs de la civilisation. Que voilà un rebutant titre de gloire Nous songeons, quand on le prononce, à l'éloquence officielle de Homais devenu ministre. M. Daguerches nous montre, lui, qu'il n'y a pas lieu de ricaner, qu'il y a un idéal véritable dans le travail moderne des hommes souffrent et meurent pour poser des rails, et ils estiment que leur vie n'a pas été gâchée ils aiment leur œuvre parce qu'elle est un signe de puissance le triomphe de l'homme sur des forces gigantesques, dont la moindre n'est pas cette horreur delà mort que la nature a mise en lui. S'attacher à un tel idéal, c'était hardi et neuf. En tirer un beau roman, c'était une réussite peut-être unique. La Revue du mois, Tome 16, Juillet-décembre 1913
M. Henry Daguerches qui s'en est allé chercher en Indo-Chine le sujet de son roman, est brouillé avec la réalité banale. Sous prétexte de construction d'une voie ferrée, le Kilomètre 83 nous introduit dans un milieu tout à fait nouveau et presque irréel. L'ingénieur Tourange, perdu dans un marécage pestilentiel, ne vit que pour exercer son métier; il est "l'ouvrier" qui a juré de vaincre la nature; il le déclare en des échappées d'un lyrisme assez vague. On éprouve d'ailleurs quelque peine à saisir sa pensée, qu'il s'agisse de questions religieuses, morales ou sociales; ou plutôt ses conceptions sont d'une nature particulière, dominées par l'ambiance, déformées par le mirage des marais. Nous notons chez cet exilé un curieux mélange de cruauté froide et de pitié exquise, des raffinements et des brutalités. C'est d'un réalisme très distant des conventions ordinaires et rappelant assez hien la manière de Kipling. Faut-il ajouter que cet ouvrage très personnel appelle d'expresses réserves au point de vue moral. Il n'est accessible qu'aux lecteurs formés. Romans-revues : guide de lectures, n°9, 15 septembre 1913 __________________________________________________________________________________________________________________________________________ Rééditions
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