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Gabrielle Bertrand Le Peuple de la jungle, hommes, bêtes et légendes du pays Moï Éditions Je sers, coll. “Bibliothèque des voyages”, 1952 __________________________________________________________________________________________________________________________________________
Chronique
Les Moïs sont le peuple d’origine de l’Annam, certainement repoussés dans les montagnes par les Tchames à une époque reculée. On les appelle aussi les Phnongs au Cambodge. Ils habitent la région des hauts plateaux de l’Annam aux frontières vietnamienne, cambodgienne et laotienne, et sont pour les peuples de ces trois pays « les hommes de la forêt », les « sauvages » de la jungle profonde. Le mot « Moï » est d’ailleurs la prononciation vietnamienne du caractère chinois « Man », qui signifie « barbare ». Au tout début des années cinquante, une exploratrice-journaliste, Gabrielle Bertrand, décide d’aller à leur rencontre de ces tribus mystérieuses: ce livre est le récit de son voyage. Elle aborde le pays par le village de Ban-Mé-Thuot, chef-lieu de la province du Darlac, où elle fait connaissance de Dominique Antomarchi, inspecteur de l’enseignement primaire et continuateur de l’œuvre scientifique du célèbre Résident Léopold Sabatier, qui l’initie à la culture des montagnards. Il lui procure un compagnon de voyage, I’Doat, choisi parmi les élèves du groupe scolaire Franco-Rhadé de Ban-Mé-Thuot, qui lui servira de guide et d’interprète. Avec lui, Gabrielle Bertrand parcourra durant quelques mois un peu de cette vaste région de 80.000 km² bornée au nord par le Mékong, à l’ouest par la jungle cambodgienne et à l’est par la chaîne annamitique; grâce à lui, elle partira avec quiétude à la découverte des villages des « terribles » montagnards, ceux-là mêmes dont les parents avaient assassiné l’explorateur et savant Odend’al, près de cinquante ans auparavant, en 1904. Son périple va la mener successivement près de la frontière laotienne, où elle ira reconnaître une tour tchame, puis au nord du Cambodge, où elle assistera à une chasse au rhinocéros puis aux éléphants sauvages, qui sont deux morceaux d’anthologie de cet ouvrage. Le livre est entrecoupé de légendes moïs, dont la lecture en fait un des charmes. On apprendra ainsi par exemple pourquoi les Moïs ont une riche littérature mais pas d’écriture, d’où ils viennent et quelle est l’origine des éléphants. En outre, le livre est illustré de superbes clichés du célèbre photographe et ethnologue Pierre Verger (1902-1996) et est accompagné d’un glossaire bien commode pour comprendre les termes autochtones utilisés au cours des pages.
Jean-Jacques Donard
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