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Pierre Benoit  Le Roi lépreux  A. Michel, 1927  __________________________________________________________________________________________________________________________________________

Résumé

Le séjour forcé de Raphaël au Cambodge, comme Conservateur intérimaire des sublimes temples d’Angkor, dont l’auteur s’attache à rendre la saisissante beauté, se transforme en un véritable roman d’aventure lorsque le destin de notre héros vient croiser celui de deux mystérieuses jeunes femmes: l’une est américaine, et naturellement richissime et excentrique, l’autre, danseuse khmère de sang royal, se prépare à accomplir une terrible mission secrète…   

Editions Kailash     

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Chroniques

La statue du roi lépreux, découverte à Angkor et déposée maintenant au Musée national de Phnom Penh, a donné lieu à beaucoup de légendes: ainsi Angkor aurait été gouvernée par des rois malades de la lèpre, en premier lieu par Yasovarman (889-910), à l'origine de la fondation de la ville. Même si cette statue représente plus vraisemblablement Yama, dieu des morts, elle est le prétexte pour le célèbre romancier Pierre Benoit (1886-1962), auteur de Koenigsmark et de L’Atlantide, pour bâtir une intrigue rocambolesque au Pays Khmer. On tient là un exemple de récits à rebondissements auxquels la découverte et l’occupation de l’Indochine ont donné lieu dans la littérature française. Les événements qui marquent Le Roi lépreux, publié en 1927, au moment de l’apogée de la colonisation française en Asie du Sud-Est, se situent principalement au Cambodge et, naturellement, à Angkor. Le roman est bâti comme les autres œuvres de Pierre Benoit autour d’un mystère. Le narrateur, Gaspard Hauser (nom qui ne s’invente pas !), jeune professeur célibataire et pauvre, tombe à Nice sur un de ses anciens condisciples et amis, Raphaël Saint-Sornin, perdu de vue depuis longtemps. Raphaël l’invite à dîner dans sa somptueuse villa, et lui raconte le secret de sa richesse, lequel n’est pas ce que vous croyez ! Tous les ingrédients d’une bonne histoire sont au rendez-vous: l'aventure (le héros est entraîné contre sa volonté dans diverses péripéties), l'exotisme (le Siem Reap de l’époque est présenté comme « un village paradisiaque », « un Gauguin », « une page de Bernardin de Saint-Pierre »), l’amour, avec la présence de deux femmes étonnantes (une riche américaine fantasque et une énigmatique danseuse du Ballet royal, qui se révèle être une princesse birmane en exil), le suspense (entretenu par les interruptions du récit et les retours répétés au temps principal du roman). Le mystère subsiste jusqu’à la fin mais le dénouement apporte une réponse inattendue et bien prosaïque: tous ces exploits ne seraient-ils pas une supercherie et le fruit de l’imagination du conteur, plus proche en réalité du trafiquant d’antiquités khmères que fut André Malraux en 1923, soit quatre ans avant la parution du livre, que du chevalier au grand cœur ?. On le voit, par ces procédés narratifs et cette chute finale, Raphaël se moque avec humour de Gaspard comme Pierre Benoît se gausse de la naïveté du lecteur (le véritable Gaspard Hauser, c’est lui !) assoiffé de sensationnel. Il reste que bien des passages du roman sont agréables à lire et que l’auteur s’y montre habile romancier.

Jean-Jacques Donard   

 

Le souci d'intéresser ne va pas, chez M. Pierre Benoit sans celui de conserver à son récit une très soigneuse tenue littéraire. Excellent romancier, M. Pierre Benoit demeure bon écrivain. Il use d'une langue de solide qualité, où l'on sent le poète et le lettré. Cette technique habile et ce savant métier, M. Pierre Benoit aime à les appliquer à des sujets qui se rattachent de plus ou moins près à l'actualité. Ce soin est visible en des ouvrages tels que la Chaussée des Géants ou la Châtelaine du Liban, dont l'un se rapporte aux troubles d'Irlande et l'autre à notre occupation de la Syrie, et nous le retrouvons dans le Roi lépreux. M. Pierre Benoit a pu constater l'importance prise depuis quelques années par le commerce des antiquités, leur recherche et leur vente, par tout ce qui relève de ce que l'on nomme la "curiosité". On a vu, en effet, le nombre des marchands augmenter en proportion du nombre des amateurs. Chaque jour, s'ouvrent de nouveaux magasins et de nouvelles galeries où s'accumulent les produits de tous les arts anciens et modernes. Le bric-à-brac, jadis tapi en d'obscures boutiques, s'établit maintenant en de lumineux palais. L'antiquaire a cessé d'être un personnage poussiéreux et falot, il n'est plus le fournisseur du Cousin Pons, il est devenu un personnage aux relations mondiales, qui fait des affaires considérables et opère en grand. Ses procédés de vente et d'achat ont changé. Il a la main longue et sait où saisir le beau billet qui tentera le goût du milliardaire, et pour se le procurer, où qu'il soit, il recourra aux artifices les plus romanesques et aux manoeuvres les plus ingénieuses et c'est dans une de ces combinaisons que nous introduit M. Pierre Benoit. Laissons-nous y guider par lui et suivons-le en Indochine, auprès de M. Raphaël Saint-Sorlin, conservateur des ruines d'Angkor. Avec cet aimable fonctionnaire, nous en visiterons les merveilles et nous en admirerons les gigantesques et délicates beautés. Une antique et noble civilisation gît là, dont l'attrait mystérieux attire maints touristes. C'est le cas de l'aimable et l'élégante Américaine, Mrs Webb. Venue à Angkor pour quelques jours, elle y reste plusieurs mois. Il est vrai que si elle s'intéresse aux ruines, elle s'intéresse aussi au séduisant Raphaël Saint-Sorlin qui s'il est amoureux de la belle Américaine, l'est aussi de la mystérieuse petite danseuse qui a nom Apsara. Que fait-elle à Angkor, cette énigmatique petite personne qui, avant de pratiquer les danses sacrées, a fréquenté les ateliers de Montparnasse ? Raphaël Saint-Sorlin l'apprend bientôt. La danseuse Apsara est la fille du dernier roi birman, et elle conspire pour chasser les Anglais de Birmanie. Angkor sert de dépôt à des caisses d'armes et de munitions qu'il s'agit de faire passer aux futurs insurgés birmans, ce à quoi se prête amoureusement et naïvement le trop confiant Raphaël Saint-Sorlin, mais, de sa confiance et de sa naïveté, il sera récompensé plus tard, lorsque, révoqué pour ses agissements et de retour en France, il y retrouvera, pour épouser, la belle et riche Mrs Webb, et la charmante danseuse Apsara et qu'il apprendra que les prétendues caisses d'armes et de munitions contenaient les objets d'art khmer que la pratique Apsara, commanditée par la belle Mrs Webb, offre aux amateurs de curiosités asiatiques dans un brillant magasin de la rue La Boétie, à l'enseigne du Roi Lépreux. A travers toute cette intrigue commerciale et artistique, M. Pierre Benoit nous conduit malicieusement et, pour ainsi dire, les yeux fermés, car M. Pierre Benoit se joue de son sujet et de nous avec une diabolique habileté. Il nous y égare à plaisir et avec un sérieux dont nous sommes dupes. M. Pierre Benoit n'a pas.seulement le goût de la mystification, il en a l'art et le pousse loin. Nous nous en apercevons quand il lui plaît de nous laisser entrevoir le mot de l'énigme, ce qu'il ne fait qu'au moment où il le jugé à propos. Mystifiés, nous ne lui en voulons pas de l'avoir été, tant il a aimablement fait semblant de l'être avec nous. Et puis, n'est-ce pas à son Raphaël Saint-Sorlin qu'il a laissé le soin de nous abuser ? M. Pierre Benoit s'est prudemment retiré derrière ce personnage, à qui il a donné la parole et qui en use fort bien, car c'est de M. Pierre Benoit lui-même qu'il a appris l'art de conter où excelle encore une fois, avec la même virtuosité et les mêmes roueries narratives, l'auteur de ce Roi Lépreux qui, s'il n'est pas le meilleur roman de M. Pierre Benoit, nous montre, comme à découvert, certains des procédés de sa très personnelle technique romanesque.



Henri de Régnier, in L'Eveil économique de l'Indochine, n°523, 19 juin 1927

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Rééditions

  • Le Roi lépreux, Librairie générale française, coll. "Le Livre de poche", 1956
  • Le Roi lépreux, A. Michel, coll. "Pourpre", 1957
  • Le Roi lépreux, in Oeuvres complètes,  Edition Edito-Service S.A. Cercle du bibliophile, 1967 (Illustrations de Edy Legrand)
  • Le Roi lépreux, in Oeuvres romanesques, A. Michel, 1967
  • Le Roi lépreux, France loisirs, 1987 ISBN 2-7242-3382-4
  • Le Roi lépreux, in Romans, R. Laffont, coll. "Bouquins", 1994 ISBN 2-221-07620-6
  • Le Roi lépreux, Kailash, coll. "Les Exotiques", 1996 ISBN 2-909052-48-6

                    

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