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Jean Moura  Le Royaume du Cambodge  E. Leroux, 1883 (2 vol.)                 __________________________________________________________________________________________________________________________________________

Chronique

Le lieutenant de vaisseau Jean Moura fut le troisième « Représentant du gouvernement français » au Cambodge. Il y vécu à trois reprises, de 1868 à 1870, de 1871 à 1876 et de 1876 à 1879. Ce séjour de près de dix ans lui a permis d’accumuler des observations et des notes très intéressantes sur le pays et le peuple qui l’entouraient: « Tout a été vu, observé, étudié et fouillé » dit son préfacier, qui ajoute: « C’est le premier ouvrage sérieux qui paraît sur un peuple dont hier nous ne connaissions que le nom ». et conclut qu’il s’agit d’un livre qui « fera plus pour le développement de notre puissance dans l’Indo-Chine qu’une campagne guerrière, si glorieuse qu’elle puisse être ».. On est aux débuts de la colonisation française (le traité établissant le Protectorat de la France a été signé en 1863) et le temps est favorable aux pionniers comme aux espions de haut vol. La curiosité de Moura envers le Cambodge est certes d’abord professionnelle: ce fonctionnaire est là pour faire le lit des colons et exploiter au mieux le pays selon les intérêts de la France. Mais on sent que Moura s’est pris au jeu et qu’il a fini par se passionner pour le pays lui-même. En témoignent ces mille pages bien remplies. C’est cette investigation systématique qui frappe le plus dans ce livre composé durant les trois années qui ont suivi le retour définitif de Jean Moura en France. Il s’agit là en effet d’un véritable ouvrage encyclopédique, qui aborde tous les sujets : la géographie, l’histoire, la population, le commerce et l’industrie, la médecine, la faune et la flore, la pêche et la chasse, la géologie et la botanique, la religion et les coutumes, l’administration royale et la société, la langue et la littérature, les ethnies du Cambodge de l’époque (Premier tome) ; les Chroniques royales, l’archéologie, les Beaux arts, l’épigraphie (Deuxième tome). Les remarques de Moura, souvent tirées d’une observation directe, sont savoureuses en maints endroits. Elles n’excluent pas les préjugés et les poncifs: « Les Cambodgiens sont naïfs, crédules, mais peu curieux et peu observateurs ; ils sont courageux à la chasse et très peu à la guerre ; ils sont très portés au sommeil, légers, distraits, inconstants, irréfléchis et irrésolus.». Moura peste de temps en temps contre le naturel des autochtones, qui lui semble défier la logique et le bon sens. Mais il ne cache pas une certaine admiration devant la force de la civilisation qu’il a eue devant les yeux. C’est aussi une manière de rehausser le prestige des Français qui ont conquis le pays, comme Bonaparte et Champollion l’avaient fait pour l’Egypte. Conclurai-je comme le général Bovet dans sa préface: « tous ceux qui veulent aller chercher fortune en Cochinchine doivent lire ce livre »  ? Certes non, car le temps n’est plus à la conquête. Mais en lisant cet ouvrage, on comprendra mieux la fascination des Français pour l’Asie du Sud-Est.

 

 

Jean-Jacques Donard

 

 

 

 

 

 

 

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