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Jean Tardieu  Lettre de Hanoï  (Préface de Gérard Macé), Gallimard, 1997 ISBN 2-07-074899-5     __________________________________________________________________________________________________________________________________________

Résumé

Janvier 1928, Hanoï, le soldat de 2e classe Jean Tardieu commence une lettre à Roger Martin du Gard. Il est secrétaire d'état-major, sous le commandement du frère de Marcel Aymé, au moment même où il publie ses premiers poèmes dans la N.R.F. Il a vingt-cinq ans. Cette publication posthume, baignée par l'exotisme des lieux, contient bien avant l'heure une critique vive du colonialisme, ainsi qu'une méditation pertinente sur l'identité des cultures. 

 

 

Editions Gallimard 

 

 

 

 

 

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Chronique

Ecrite au cours de l’année 1928, La Lettre de Hanoï ne fut publiée qu’en 1997, deux ans après la mort de son auteur et après que sa rédaction fût abandonnée puis reprise plusieurs fois. Adressée à Roger Martin du Gard, dont Jean Tardieu avait fait la connaissance avant son séjour en Indochine, elle fait aujourd’hui figure d’un véritable petit « journal » empreint des ambiances et de l’exotisme de la ville décrite. En 1928, Jean Tardieu est alors soldat de 2ème classe et effectue son service militaire en tant que secrétaire d’Etat-Major, sous le commandement du frère de Marcel Aymé (!). Il loge dans la villa de son père – Victor Tardieu – alors directeur de l’Ecole des Beaux Arts. Dans ces conditions très confortables, Jean Tardieu découvre Hanoï et rend compte de l’effervescence - culturelle notamment - qui y règne dans ces « glorieuses » années vingt . Le charme de son récit découle évidemment de l’évocation des paysages rencontrés et de celle de la peinture orientale qui l’émerveille; mais l’on retiendra particulièrement la description qu’il fait de « l’instabilité » psychologique et mentale gagnant l’homme occidental transplanté dans cette région du Tonkin: « Cela doit tenir au climat: il me semble que dans ce pays, plus que partout ailleurs, les hommes sont directement soumis au pouvoir despotique et capricieux des éléments (…). La sensibilité s’avive ou s’atténue dans le même temps que met un orage à s’approcher, à éclater, à se dissoudre. Pour ma part, je n’ai pas encore passé un jour sans que mon état mental et physique ait traversé plusieurs phases successives: de la fatigue à l’euphorie, d’un bien-être béat à un malaise mystérieux, de la joie parfaite au désespoir ». Bien que dérouté par ces « éléments », Jean Tardieu n’en reste pas moins très lucide sur la présence française en Indochine et pressent, bien avant d’autres, l’illusion de cette entreprise au travers du comportement de ce peuple annamite « extraordinairement fin et racé » : « Mais il faut avoir la sensibilité bien émoussée, bien durcie – par le climat  ou par le respectable sentiment d’une mission « civilisatrice » à remplir, pour ne pas flairer autour de soi cette atmosphère, non pas hostile, pire que cela: exactement, absolument silencieuse, impersonnelle, comme si l’approche d’un français avait le pouvoir d’éteindre à cinquante mètres, toute lueur de liberté, d’authenticité, sur le visage d’un indigène »… Des propos que la France de 1928 était, à n’en pas douter, fort peu prête à entendre… 

Pierre Andricq

 

 

 

 

 

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