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(Sous la direction de) Bernard Hue Littératures de la péninsule indochinoise. Histoire littéraire de la francophonie, Karthala, Agence universitaire de la Francophonie, 1999 __________________________________________________________________________________________________________________________________________
Chronique
Comme le souligne dans la préface de ce livre Pierre-Richard Féray, nous avons là la « première vraie histoire littéraire consacrée aux œuvres de la francophonie indochinoise ». Rares sont en effet les ouvrages s’intéressant à la littérature d’Asie du Sud-Est d’expression française: celui-ci comble un manque. Sa rédaction est due au 7e Sommet de la Francophonie qui a réuni en 1997 à Hanoï tous les pays adhérents à l’Organisation internationale de la Francophonie (même s’il a été publié deux ans plus tard). Le nombre respectable de ses pages (près de 500) montre qu’il s’agit d’une étude de fond. Effectivement, on veut embrasser ici toute la matière du sujet. Sept auteurs, sous la direction de Bernard Hue, professeur à l’Université de Rennes, ont collaboré à cette somme qui aborde principalement le thème sous l’angle historique (jamais littérature ne fut aussi étroitement liée à l’histoire que celle de la colonisation), en distinguant trois périodes pour la littérature indochinoise: celle des précurseurs (1860-1913), puis de l’épanouissement (1913-1940) et enfin de la survivance (1940-1997). A cette approche diachronique vient s’ajouter un traitement thématique transversal où les auteurs étudient les motifs de l’exotisme, du colonialisme et de l’orientalisme, les genres (poésie, roman, théâtre, essai, récit de voyage) ou bien encore les particularités du métissage et de l’eurasiatisme littéraires. Près de 80 écrivains les plus divers (Français de France, Français d’Indochine, Ecrivains indochinois et eurasiens) sont ainsi passés en revue, ce qui confère à cet ouvrage touffu un aspect encyclopédique de référence (un « monument » dit le préfacier), renforcé par l’appareil de notes, la bibliographie sélective et l’index onomastique. Le lecteur curieux trouvera toujours quelque chose à se mettre sous la dent, et souvent pour des auteurs oubliés et sur lesquels on possède très peu d’informations comme, par exemple, pour le seul Cambodge, Makhali Phal. Reste que ce dernier pays est un peu sacrifié, avec le Laos, au profit du Vietnam, qui se taille la part du lion. Il est vrai que les auteurs du livre sont davantage tournés, par leurs origines et par leur spécialité scientifique, vers Hanoï et Saïgon que vers Phnom Penh et Vientiane. Un écrivain comme Roland Meyer, par exemple, important pour le Cambodge et le Laos, est quasi passé sous silence, de même que Jean Moura ou Soth Polin qui, lui, est carrément oublié, alors que Paul Claudel ou André Malraux ont droit à un traitement de faveur. Ces défauts s’expliquent certainement par le fait que la littérature francophone indochinoise est encore insuffisamment étudiée et que les sources critiques sont pauvres. Cela ne retire rien au mérite de cet ouvrage indispensable à quiconque souhaite se pencher sur cette expression si particulière de la création littéraire française et francophone.
Jean-Jacques Donard
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