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Jules Boissière  Propos d'un intoxiqué  Imprimerie de l'Avenir du Tonkin, 1890     __________________________________________________________________________________________________________________________________________

Chronique

C’est à l’âge de vingt-trois ans que Jules Boissière s’embarque pour l’Indochine. Après des débuts professionnels prometteurs dans le journalisme (au sein de la rédaction du journal radical socialiste La Justice dirigé par Clémenceau), ce jeune admirateur des poètes symbolistes (et de Mallarmé notamment) débarque au Tonkin en 1886 en tant que commis au sein de l’état-major civil de Paul Bert. Il y reste pour accomplir son service militaire et intègre finalement – au plus vif de la campagne française du Tonkin – le corps des  administrateurs coloniaux. Ce premier séjour en Indochine le marqua profondément au point de lui inspirer Le Carnet d’un soldat paru en feuilleton dans L’Avenir du Tonkin  en 1889, un récit de ses parcours en colonne dans la jungle tonkinoise alors qu’il est en poste à Hué, puis à Saigon. Intellectuel ouvert et cultivé, Jules Boissière s’illustre particulièrement dans cette période par sa curiosité envers les cultures qu’il découvre au point de se lancer dans l’apprentissage des langues chinoise et annamite. Mais à l’instar de nombreux membres de cette génération de français exilée en Asie, la véritable rencontre qu’il fait sous ces latitudes – qui lui marquera autant le corps que l’esprit – est celle de l’opium. La « Divinité Opium » comme il l’appelle lui-même lui inspire en effet successivement deux ouvrages : le très connu Fumeurs d’opium (Flammarion, 1896) et  ces Propos d’un intoxiqué  qu’il publie pour la première fois à Hanoï en 1890 dans une édition hors commerce bien avant qu’ils ne soient proposés au public parisien par les éditions Louis-Michaud en 1911.  Les propos parus sous le pseudonyme de Khou-Mi sont le journal d’un fumeur fasciné par les « pouvoirs surnaturels » de la précieuse substance et, dans le même temps, effrayé par la déchéance physique et morale vers laquelle elle précipite inexorablement ses adeptes.  Un journal qui recueille des notes et impressions qui s’égrènent sur les trois années pendant lesquelles Jules Boissière se sentit glisser vers un enfer certain, si un remède miracle concocté par un médecin indigène ne l’avait écarté définitivement des « sensations perfides et douces » de l’opium. On tient là un véritable essai sur une nouvelle forme de « paradis artificiel » découvert par l’Occident à l’occasion de son expansion coloniale en Asie; mais les Propos  d’un intoxiqué  sont aussi le prétexte à de somptueuses pages sur les ambiances de cette région  fascinante et mystérieuse qu’est le Tonkin pour les lecteurs de l’époque, et ce fameux bouleversement intérieur de l’homme blanc qui s’y aventure. Après cette expérience et ce sevrage, qui lui aura réclamé de son propre aveu « quelque courage », il reste que Jules Boissière - de santé fragile - mourût prématurément à Hanoï en 1897, à l’âge de 34 ans.

Pierre Andricq    __________________________________________________________________________________________________________________________________________

Rééditions

  • Propos d'un intoxiqué, Louis Michaud, 1896
  • Propos d'un intoxiqué, Louis Michaud, 1911
  • Propos d'un intoxiqué, Javal et Bourdeaux, 1929 (Ilustrations de Foujita)  
  • Propos d'un intoxiqué. Souvenirs d'Indochine, Mille et une nuits, coll. "Mille et une nuits", 1997 ISBN 2-84205-170-X
  • Opium, Magellan et Cie, coll. "Heureux qui comme...", 2008 ISBN 978-2-35074-082-9

        

 

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