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Rose Quaintenne Quinze jours au pays des rois khmers Coudurier et Montégout, 1909 ______________________________________________________________________________________________________________________________________
Chronique
Il s’agit là d’un des premiers guides touristiques à l’usage des visiteurs d’Angkor et de l’Indochine. Le Cambodge vient de récupérer du Siam (en 1907), sous la pression des Français, ses provinces de Battambang et de Siem Reap, et les temples de l’antique cité, encore envahie par la jungle, suscitent une grande curiosité parmi les Européens, surtout depuis la fameuse Exposition universelle de Marseille et de son Pavillon khmer, inauguré en 1906 par le roi Sisowath en personne. L’auteur, épouse d’un dignitaire de l’armée coloniale française installé en Cochinchine, a donc rédigé des notes de voyages sur les pays qu’on devait traverser alors pour accéder à Angkor (de puis la Cochinchine, l’Annam, le Tonkin), en les accompagnant d’informations pratiques sur les modalités concrètes d’un voyage encore difficile. Après s’être adressée « Aux touristes et habitants d’Hongkong, Shanghaï, Colombo et Singapore » (chapitre I), après avoir décrit « Saïgon tête de ligne, Colon, Cay-maï » (chapitre II), elle traite du « Voyage à Angkor » (chapitre III), en relatant son expérience : « Comment on allait à Angkor en 1907 ». Ce qu’elle raconte est épique : il n’y a qu’un départ par semaine à partir de Saïgon sur les vapeurs de la Compagnie des Messageries fluviales. On arrive à Angkor trois jours et demi après et on ne peut rester que deux jours sur place (pour une durée totale de dix jours de voyage aller-retour). Il n’y a qu’une saison pour visiter les ruines : la période des hautes eaux, du 15 juillet au 1er février. Heureusement, on peut faire étape à Phnom Penh, où le Grand Hôtel dispense ses bienfaits au voyageur fatigué. La capitale khmère apparaît à Rose Quaintenne « Très originale […] avec ses pagodes » […], « très pittoresque : c’est une ville jolie et séduisante et dans laquelle il fait bon vivre. ». Elle s’attarde à décrire le Vat Phnom, « un véritable jardin botanique ». C’est l’époque où il y avait aussi un parc zoologique : « Une volière contient une grande variété d’oiseaux du Cambodge et plus loin des emplacements spéciaux sont réservés aux animaux sauvages ». Le voyage continue par bateau jusqu’à l’entrée de la rivière de Siem-Réap, petite ville où des sampans conduisent les touristes « en deux ou trois heures à travers la forêt inondée » et les marécages. Puis on prend une voiture, ou plutôt une « charrette de bœufs trotteurs » qui, « après bien des sauts et bien des heurts violents », amène le voyageur héroïque jusqu’aux ruines. Là, une déjeuner roboratif, servi « au milieu des cristaux sur une nappe bien blanche » par le Grand Hôtel, console les touristes des heures de poussière et de soleil. Le lendemain, c’est l’émerveillement : « On se serait cru transporté devant une ville enchantée […] » (page 77). L’auteur conclut son ouvrage sur ces mots : « Grâce au dernier traité franco-siamois, nous avons maintenant en notre possession un véritable trésor. Faisons-le fructifier [ …] ; ne négligeons aucun sacrifice pour le faire connaître de la foule des touristes […] déjà blasée sur les monuments de la haute Egypte ou de l’Inde […] (p. 113). « Les monuments khmers feront accourir le monde entier des curieux épris de nouvelles splendeurs […] (p.110). Avec son million de touristes annuels, l’Angkor d’aujourd’hui vérifie cette prédiction.
Jean-Jacques Donard
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