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 Bernard Menaut  Sangrâma ou la chute d'Angkor  Kailash, coll. "Les Exotiques", 1996      ____________________________________________________________________________________________________________

Résumé

"Entre ses rives couvertes de forêts millénaires, le fleuve immobile flamboie dans le soleil ardent de midi. L’homme fend la nappe de lumière d’une nage puissante qui découvre par instants la masse plus sombre de ses épaules nues. A quelques brasses à peine de lui, deux têtes de crocodile émergent, précédant la crête en dents de scie des dos que termine la queue flexible. Le corps reste invisible. Le nageur n’a même pas un regard vers eux. Il sait combien peu dangereux, en pleine eau, est le crocodile, et qu’il faut à ses griffes, pour saisir la proie, l’appui des fonds vaseux de la rive…”

Editions Kailash  

 

   

 

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Chronique

Entre la fin du royaume angkorien et les temps modernes subsiste un mystère: pourquoi Angkor fut-elle abandonnée ? pourquoi la capitale de l’empire khmer fut-elle ensuite oubliée ? Voilà un thème propre à inspirer un écrivain. Bernard Menaut (1879-1943) a saisi l’occasion et rédigé, à une date indéterminée, ce roman touffu, entre deux ouvrages consacrés à la médecine. En effet, l’auteur fut d’abord un docteur qui, dans le cadre de son travail comme médecin principal, Directeur local de la Santé au Cambodge, rédigea pour l’Inspection générale des services sanitaires et médicaux de l’Indochine des ouvrages scientifiques. La Bibliothèque nationale du Cambodge possède par exemple ses livres La lèpre au Cambodge (1919) et Matière médicale cambodgienne (sur les plantes médicinales, 1930), publiés tous deux à Hanoï à l’Imprimerie d’Extrême-Orient. Ces deux ouvrages révèlent, outre la science du sujet, une connaissance poussée de la langue, de la culture et de la civilisation khmères. Menaut fut le médecin personnel du roi Sisowath et de ses deux fils et donc un praticien éminent, mais la littérature devait être sa passion, car il a écrit deux romans, tous deux non édités de son vivant. Un seul a paru depuis sa disparition, et c’est l’ouvrage dont il est question ici. L’écrivain bâtit une intrigue complexe inventée de toutes pièces autour du roi usurpateur Viravarmane, qui sera chassé du pouvoir puis tué (au XVe siècle ?) par le prétendant légitime au trône, Sangrâma, le héros du récit, au terme de péripéties fertiles en surprises et rebondissements. Mais la vieille Angkor, en proie au choléra, sera finalement abandonnée au profit d’une nouvelle ville, bâtie loin des miasmes morbides et des destructions fatales. L’auteur s’inspire dans ses descriptions d’Angkor du récit du voyageur chinois Tchéou Ta-Kouan, qui visita la capitale du temps de sa splendeur, au treizième siècle. Il y rajoute des éléments romanesques et des procédés littéraires (l’amour, l’épopée, le rythme) d’une manière suffisamment habile pour tenir le lecteur en haleine durant près de 400 pages. Menaut connaissait visiblement bien le fonds légendaire du Cambodge et la langue khmère (ses autres livres le prouvent): son récit s’inspire des contes merveilleux du folklore local. Aussi les personnages tels que Çivasèna, le vieux sage ; Slaut, le jeune paysan simple et sincère ; le chien rouge Rahal et le cobra Tépréak, nous deviennent vite des personnages familiers. Il y a du Kipling chez Menaut, mais aussi un soupçon de Hollywood dans les mises en scène grandioses des combats et une atmosphère guerrière de complot qui n’est pas sans rappeler l’entre-deux guerres. Mais, finalement, on est pris au jeu et cela marche: le lire se lit d’un trait.

N.B. Il est regrettable que cette édition, méritoire, soit entachée par de nombreuses fautes typographiques ou des répétions intempestives de membres de phrases qui montrent toute la négligence (ou l’ignorance) du correcteur chargé de la publication

 

Jean-Jacques Donard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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