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Henry Casseville  Thi-ni, autre fille d'Annam  E. Figuière, 1922    _________________________________________________________________________________________________________________________________________

Chroniques

Ce n'est pas sans hésitation que nous avons ouvert ce livre dont le titre rappelle trop le fameux roman de Jean d'Esme, créateur du roman annamite industriel, pâle imitation des imitations de Pierre Benoit; mais nous avons été guidé par la pensée qu'Eugène Figuière, qui se connaît en littérature, n'avait certainement pas fait entrer un ouvrage médiocre dans sa jolie petite collection, et nous ne nous sommes pas trompé. D'ailleurs, M. Casseville prend la peine, dès le début, de nous dire que c'est par ironie qu'il a adopté comme titre de son ouvrage une réplique de celui de Thi-Ba, et immédiatement nous nous sommes senti à l'aise. Thi-Nhi n'ira pas se suicider pour l'amant européen qui la quitte: c'est une vraie fille d'Annam, assez mûre, économe et commerçante, qui cherche avant tout à tirer des Français le plus de profits possible et qui préfère à leurs amours celles d'un petit tirailleur fringant et hâbleur. L'âme de Thi-Nhi n'est "pas plus inquiète que maladive" (c'est le mot de la fin de M. Casseville) ce qui ne nous empêche pas de la préférer ainsi, évoluant librement parmi les préoccupations de sa race sans s'empêtrer dans des raffinements purement occidentaux. Telle qu'elle est, et malgré la barrière qui s'élève entre elle et les Français, Thi-Nhi est très attachante et nous regrettons qu'elle ne soit l'objet que d'une nouvelle, alors que nous attendions un roman dans le cadre magnifique — d'ailleurs utilisé à merveille, quoique avec discrétion — de la Rivière Noire que l'auteur semble avoir surtout connu en Indochine. Après Thi-Nhi, l'auteur nous donne diverses nouvelles dont certaines ont trait à l'expédition des Dardanelles et de Salonique. Nous ne parlerons ici que de celles relatives à l'Indochine: elles sont toutes très réussies. L' "Epitaphe" — trois pages à peine d'émotion contenue, de résignation ni guindée ni veule, de belle poésie simple — est très émouvante; le "Cafard colonial" rend sensible par une suite de touches justes et légères cette tristesse vague qui s'empare de vous lorsqu'un camarade s'en retourne en France; on est triste de ne pas partir avec lui, et l'on est triste aussi à l'idée que l'on ne reverra jamais plus le pays thaï quand on l'aura quitté; émotion indéfinissable faite de rêve que n'accompagne pas le désir et du sentiment de ce qu'a d'unique chaque heure qui passe et qu'on ne peut arrêter. Signalons enfin "la mésaventure de 33, garde indigène" où a passé toute l'expérience d'un homme qui a vécu avec des annamites et a essayé de les comprendre — ce qui n'est pas si commun. Tous ces contes sont écrits dans une belle langue simple et poétique, qui n'est jamais déclamatoire et ne vise qu'à rendre exactement les impressions éprouvées. Notons quelques incorrections qui ont certainement échappé à M. Casseville, entre autres, page 13 : "Il est préférable d'être la première:., que" (au lieu de plutôt que) et cette banalité que l'on trouve aujourd'hui au bout des récits de tous les écrivaillons qui veulent passer pour lettrés "Mais ceci est une autre histoire", page 76, heureusement M. Casseville n'a pas ajouté "comme dit Kipling". En résumé: excellent ouvrage qui nous fait présager et désirer un bon roman où l'auteur pourra donner toute la mesure de son talent.

 

                                                                                                                                                            La Revue du Pacifique, n°1, janvier 1924

 

 

L'auteur, officier de marine, a écrit au "pays thaï" ces pages dédiées "à Albert de Pouvourville, qui, avec Jules Boissière et Paul Bonnetain, créa la littérature franco-asiatique". Il sait observer, il sait décrire et conter; mais le récit de ces amours de congaï est trop sensuel pour que nous n'en interdisions pas la lecture à la généralité des lecteurs.

 

                                                                                                                                Romans-revue : guide de lectures, n°12, 15 décembre 1922

 

 

 

 

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