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Louis Bonnafont Trente ans de Tonkin E. Figuière, 1924 __________________________________________________________________________________________________________________________________________
Chronique
Nous n'avons pas voulu parler du livre de M. L, Bonnafont avant de l'avoir lu. Nous l'avons lu et relu; nous engageons nos lecteurs à se le procurer. Evidemment le livre mérite la critique facile qui en a été faite: ce n'est pas un récit qui se suit, c'est une collection d'éphémérides. Bien entendu, et çà saute aux yeux. Mais est ce-que l'on reproche à un dictionnaire de n'être qu'un long coq à l'âne. Le livre de M. L. Bonnafont est ce que son auteur a voulu qu'il fût: un livre de référence. Et à ce titre c'est un livre précieux. Il appartient à chacun d'y puiser les matériaux d'un récit, d'une thèse, d'une étude qui se suit. Mais de l'ensemble se dégage une impression, une impression obsédante même et lorsqu'ayant tourné la dernière page et appris que le livre a été achevé d'être imprimé le 26 Janvier 1924 par un M. Ch. Bedu, de St Amand, Cher, qui a le toupet de se qualifier de Maître imprimeur, on revient tout naturellement à la première page, on comprend mieux la dédicace ! A la mémoire des Morts pour la conquête et la pacification. Aux vieux Tonkinois qui ont souffert pour permettre aux nouveaux venus d'édifier gloire et fortune. Aux .innombrables embusqués et profiteurs de la bureaucratie coloniale. Je dédie ce livre de Trente ans de Tonkin Avec l'autorisation de M. L. Bonnafont, nous nous proposons de publier quelques extraits de cet ouvrage en les groupant de diverses façons pour faire ressortir telle ou telle idée. Toutefois il ne faudrait pas rester absolument sur l'impression que laisse le livre. Bonnafont est Un peu pessimiste. Son recueil mériterait d'être compensé par un recueil des bonnes et belles actions des Français en ce lointain pays: gesta Dei per Francos. On comprendrait mieux alors pourquoi malgré tout nous sommes encore en Indochine en dépit des politiciens menteurs et égoïstes, en dépit des gens tarés, des étourdis, des hurluberlus, des adorateurs du veau d'or ou des deux fées Verte et Brune, en dépit des méfaits de l'absolutisme.
L'Eveil économique de l'Indochine, n°364, 1er juin 1924
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