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Clotilde Chivas-Baron  Trois femmes annamites  E. Fasquelle, 1922 ____________________________________________________________________________________________________________

Chronique

Combien l'âme annamite est éloignée de la nôtre ! Comme elle est plus douce, plus dégagée d'atmosphères conventionnelles et plus effacée devant le passé ! C'est l'impression première qui se dégage du livre de M. Chivas-Baron. L'auteur est un spécialiste de l'Annam il a déjà publié, en 1917, des Contes et légendes de l'Annam qui furent couronnés par l'Académie française. Il nous fait faire aujourd'hui un beau voyage non point tant à travers le pays que parmi le cœur des habitants; et, pour cela, il nous conte trois vies de femmes, très dissemblables mais également attrayantes par ce qu'elles ont de paisible et pour l'intense couleur étrangère qui les drape comme un voile. Thi-Vinh est une jeune fille imbue des traditions séculaires qui vivent encore dans la campagne reculée qu'elle habite avec son père, vénérable hûyen, et Dinh-Ba, son fiancé. Après avoir suivi l'éclosion de l'amour en cette enfant, le lecteur verra avec émotion comment, remarquée par l'Empereur, elle sacrifie son bonheur au respect que tout Annamite doit à son souverain et comment, une année durant, elle est la femme de la Majesté de Hué, dont Dinh-Ba est le secrétaire favori. Mais leur double dévouement ne demeurera pas sans récompense, car l'Empereur, apprenant la vérité, les rendra l'un à l'autre en les comblant de bienfaits. Le moindre intérêt de ce récit n'est pas la mélancolique figure du souverain qui, à tout prendre, n'est qu'un amant malheureux et bon, qu'écrasent les fastes et les soucis du pouvoir. Avec Mi-Lau, nous continuons la série des Annamites de l'ancien temps: elle refusera de se livrer aux Français et luttera âprement pour racheter à son père la tombe des ancêtres. Heureuse enfin, épouse de celui qu'elle aime, elle ira, l'âge venant, quérir d'autres épouses pour le bonheur de son mari: les femmes annamites savent vieillir. Enfin, dans Les époux de Madame Hoa, l'auteur nous montre la vie d'une congaie changeant perpétuellement de maître, vendue presque avec les meubles du dernier propriétaire mais cependant heureuse, en somme, de son sort. Car ce qui caractérise les femmes dont nous parle M. Chivas-Baron, c'est une admirable résignation et, lorsqu'on a refermé lé livre, il reste en l'esprit un goût tranquille de sacrifice.


Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche, n°155, 26 mars 1922

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